Par le rabbin Josh Weiner
Ce soir, nous sommes confrontés à une tâche difficile, et profondément juive : faire coexister le deuil et la célébration. Nous pleurons les soldats tombés pour l’État d’Israël, ainsi que celles et ceux assassinés dans des attentats terroristes uniquement parce qu’ils étaient Israéliens ; et au cœur même de ce deuil, nous célébrons la fondation de l’État d’Israël. La juxtaposition de ces deux journées leur donne à chacune une profondeur particulière. Du côté de Yom Ha’atsmaout, la proximité de Yom Hazikaron nous rappelle la fragilité de l’existence d’Israël, et le prix terrible payé pour sa survie. Ce qui est fragile est souvent aussi précieux, et nos célébrations doivent porter cette conscience. Du côté de Yom Hazikaron, sa proximité avec Yom Ha’atsmaout signifie que ces morts doivent être pleurés comme une double tragédie, personnelle et nationale. Derrière chacun des 25 644 soldats tombés se tient l’absence d’une vie qui aurait pu être pleinement vécue. En Israël, 59 583 personnes ont perdu un proche et sont aujourd’hui en deuil. Depuis la fondation de l’État, 4 587 civils ont encore été tuées dans des attentats terroristes, dont 810 enfants.
Rabbi Na’hman enseignait « la’assot mitora tefila », exprimer ce que nous apprenons dans le langage de la prière. C’est cette impression que j’ai en parcourant ces noms.
Je pense à celles et ceux qui ont été tués le 7 octobre, et je prie pour qu’il n’y ait jamais un autre 7 octobre. Je pense à ceux qui ont été tués chez eux ces deux derniers mois, et je prie pour un avenir sans missiles, sans courir vers les abris. Je pense aux soldats tombés au combat au Liban et à Gaza, à Jérusalem et dans le Néguev, et je prie pour la fin de la guerre et de l’effusion de sang. D’autres histoires tragiques, moins connues, marquent aussi Yom Hazikaron et appellent à la prière et à la réparation, le tikkoun. Meir Tobianski fut un officier exécuté pour espionnage présumé au profit de l’ennemi ; un an plus tard, il fut reconnu innocent et enterré au cimetière militaire du mont Herzl. Que la peine de mort disparaisse du vocabulaire politique en Israël, que la justice y règne. L’an dernier, 22 soldats se sont donné la mort, le chiffre le plus élevé depuis des décennies. Que la détresse intérieure qui les a conduits à perdre espoir soit apaisée, que nous apprenions à entendre leur souffrance.
Je n’ai rien de nouveau à dire, seulement à nous rappeler le petit rêve et le grand rêve.
Le petit : que l’État d’Israël mérite la normalité. Des jours ordinaires où des gens ordinaires vivent des vies ordinaires, vont travailler, ont des enfants, aiment, rient et vieillissent — simplement, normalement. Et le grand rêve, qui a toujours accompagné l’État juif : que nous réalisions notre potentiel d’être une lumière pour les nations. Que le mot Israël devienne, dans le monde entier, synonyme de miracles et d’espérance. Qu’il devienne le commencement de l’éveil de la délivrance. Mais si nous avons tant souffert sous le poids de ces grands rêves, aussi puissants que dangereux, nous pouvons au moins nous en tenir au petit rêve : la tranquillité et la normalité. Be’ezrat Hashem.
Nous faisons maintenant cette transition entre les deux jours en récitant le Psaume 126, que beaucoup associent aussi au Birkat Hamazon. Il évoque le retour des exilés à Sion, leur joie et leur émerveillement. Les deux derniers versets sont énigmatiques : on ne sait pas clairement s’ils prolongent la description d’événements passés ou s’ils expriment un espoir pour l’avenir. J’aime les lire comme les deux à la fois, simultanément.
שׁוּבָה ה׳ אֶת שְׁבִיתֵנוּ כַּאֲפִיקִים בַּנֶּגֶב: הַזֹּרְעִים בְּדִמְעָה בְּרִנָּה יִקְצֹרוּ: הָלוֹךְ יֵלֵךְ וּבָכֹה נֹשֵׂא מֶשֶׁךְ הַזָּרַע בֹּא יָבוֹא בְרִנָּה נֹשֵׂ֗א אֲלֻמֹּתָיו
Dieu, ramène nos captifs comme des torrents dans le Néguev. Ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans la joie. Celui qui s’en va en pleurant, portant la semence, reviendra dans l’allégresse, portant ses gerbes. (Psaumes 126:4-6)
Nous avons vu ceux qui sèment dans les larmes. Puissions-nous aussi voir ceux qui moissonnent dans la joie.
Yom Ha’atsmaout samea’h.