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Hommage à mon mari Joseph et à Emeric Deutsch

Madeleine Cohen évoque la mémoire de son mari Joseph ainsi que son ami Emeric Deutsch, directeur de la Synagogue de la Stricte Observance

Par Madeleine Cohen

Heureux ceux qui placent leur confiance en l’Eternel …

Il y a 30 ans déjà et il me semble que c’était hier. Je n’avais pas pu lui dire adieu. Maintenant je peux le dire et je prie que nos ames se rejoignent sous les ailes de la Cherina pour l’éternité.

Joseph était aimé de tous, « Juifs, Chrétiens, Musulmans », nos shabbats étaient des jours de fêtes et d’approfondissement de nos textes. Je voudrais remercier M. Levinas et Madame Catherine Challier. Aussi, j’ai eu L’occasion de rendre hommage au Rabbin Daniel Farhi, lors de sa rencontre avec le Grand Rabbin Gilles Berheim.

Aujourd’hui, je voudrais rendre hommage à Monsieur Emeric Deutsch, Directeur de la Synagogue de la Stricte Observance.

Le samedi matin lors de l’office à l’E.N.I.O. nous écoutions les commentaires de la sidra du Shabbat avec M. Levinas, un bon élève choisi pour son attachement à l’étude, qui lisait la sidra . Interrompu par nos questions, ses réponses complétés par M. Levinas. C’était des journées magnifiques. Les commentaires de M. Levinas nous touchaient profondément.

Je me souviens d’un en particulier, concernant la femme soupçonnée d’adultère « Ischa Zona». La cérémonie de l’ordalie me choquait profondément. Répondant à nos questions, M. Levinas nous dit simplement « vous êtes révoltés, alors que l’Eternel, soucieux de la paix des ménages, accepte que son nom ineffable soit mis dans de l’eau avec la terre du sol, breuvage qui doit attester de l’innocence, ou de la culpabilité de la femme soupçonnée ! »

Des questions fusaient de part et d’autre. Le fondement de notre foi était le même ; l’amour du prochain. Nous discutions des différences, notamment le problème de l’unicité de Dieu. Certes, le problème de Jésus (fils unique de Dieu) était pour nous incompréhensible, car nous sommes tous enfant de dieu et dans nos prières nous invoquons notre Père, notre Roi, notre Maître, notre sauveur.


Au cours de ces séances nous avons pu bénéficier de cette amitié durant la terrible maladie qui a frappé mon mari. On l’appelait hépatite, ni A, ni B. Joseph qui n’était pas alcoolique, l’a pourtant subi. Le verdict était tombé et mon désespoir grandissait. Sur les conseils de Catherine Challier que nous avons rencontrée dans les cours de M. Levinas, et avec laquelle nous avions une grande amitié et admiration, j’écrivais une lettre à Monsieur Deutsch lui demandant de l’aide car mon désespoir m’empêchait de parler à Joseph du diagnostic terrible. M. Deutsch me répondit par téléphone et demanda notre adresse. Nous habitions alors à Maison Lafitte. Tous les vendredis à 13h30 M. Deutsch venait voir Joseph tantôt à la maison, tantôt à la clinique de Maison Lafitte.


L’après-midi, nous allions à la synagogue suivre les cours de Talmud de Monsieur Deutsch. Après-midis merveilleux. Le son extraordinaire plein de respect pour tous, et d’attention pour tous et toutes.

Une anecdote inoubliable, interrompi notre cours. Le nouveau grand rabbin de France arriva à l’improviste, regarda la salle, et s’adressant à Monsieur Deutsch:

« Comment vous enseignez le Talmud aux femmes ? »

Monsieur Deutsch répondit :

« Monsieur le Grand Rabbin avec le grand respect que je vous dois, montrez-moi où se trouve cette interdiction ? Voici, tous les ouvrages, Talmud Babli, Talmud de Jérusalem, œuvres Michaniot. Pour ma part, j’estime que l’enseignement aux femmes est primordial car c’est elles qui transmettent nos lois à nos enfants. Si vous voulez nous faire l’honneur d’assister à notre cours, nous en serions ravis. » Monsieur le Grand Rabbin s’assit, la seule place vacante était à côté de moi, une femme…

Le dernier vendredi avant la prière organisée par le Rabbin Farhi, à la clinique, E. Deutsch était venu comme d’habitude. Il parla longuement à Joseph, et lui fit la bénédiction des cohanim, car il était Cohen. Il embrassa Joseph, je l’ai accompagné jusqu’à la porte. Ses yeux étaient pleins de larmes, comme les miens.


Plusieurs messages m’ont profondément touché. Celui du Grand Rabbin Gilles Bernheim, notre professeur de Talmud m’a particulièrement émue. Car il n’a parlé que de l’humilité de Joseph, de sa foi immense et de son acceptation de si grande souffrance sans jamais se plaindre. Comment a-t-il deviné avec tant d’exactitude, les qualités de Joseph ?


Peut-être, seules les personnes d’exception marquent les rencontres de la vie. Joseph fut une de celles-ci. Dans mon grand chagrin, je remercie Dieu de la présence continue de mes enfants qui ont laissé tomber leurs familles et leurs professions pour rester jour et nuit avec leur père, l’accompagnant avec amour jusqu’au dernier moment.


Une grande consolation était d’avoir pu accomplir avec eux son dernier désir d’être enterré à Jérusalem. Son enterrement a eu lieu dans la présence de toute la famille, ainsi que de son Maitre d’étude. Son hommage a commencé avec ses mots : Joseph, tu as cherché la Torah, toute ta vie et maintenant tu vas la trouver auprès de l’Eternel.

Madeleine Cohen


P.S. M. Deutsch qui se trouvait à Jerusalem , ne pouvant pas assister à l’enterrement, est venue le soir chez ma fille participer à la prière de la « shiva » et nous a prodigué l’enseignement nécessaire compte tenu des jours de suspension pendant la fête et de la reprise jusqu’au septième jour.
Maintenant, « heureux ceux qui resident dans ta maison Eternel. Ils te loueront sans cesse. »

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