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Brûler correctement

Comment recevoir, maintenir et transmettre la flamme, un commentaire de la paracha Behaalotekha

Chabbat dernier, il faisait chaud à la synagogue : la climatisation était malheureusement en panne, et la canicule battait son plein. Mais la soirée fut encore plus brûlante : ma petite bulle de Chabbat n’était pas hermétique à l’effervescence de la rue au moment où le match de la Ligue des champions commençait. J’entendais, à chaque fenêtre de la rue, les « oh ! », les « ah ! » et les acclamations. Et vers la fin du match, lorsque le PSG a apparemment marqué le but de la victoire, l’enthousiasme a explosé. Vraiment. Des enfants couraient en tirant des feux d’artifice dans toutes les directions, des fumigènes illuminaient le ciel, les voitures klaxonnaient, les motos faisaient rugir leurs moteurs, et des bouteilles de verre se brisaient. Même dans le quinzième arrondissement, habituellement si calme, on sentait la fumée : des poubelles brûlaient, des vélos et des trottinettes réduits en pièces. Le matin, j’ai lu les récits des affrontements avec la police à travers la France, des incendies et des dégâts.

Je ne sais pas ce qui pousse certains supporters de foot célèbrent la victoire de leur équipe en provoquant des émeutes et en mettant le feu à ce qui les entoure. Mais au moins, cela m’a inspiré à relire les premiers versets de notre paracha, Behaalotekha, où le feu joue un rôle plus calme, mais essentiel. La paracha s’ouvre sur quelques versets brefs qui demandent à Aaron d’allumer les lampes de la Ménora.

דַּבֵּר֙ אֶֽל־אַהֲרֹ֔ן וְאָמַרְתָּ֖ אֵלָ֑יו בְּהַעֲלֹֽתְךָ֙ אֶת־הַנֵּרֹ֔ת אֶל־מוּל֙ פְּנֵ֣י הַמְּנוֹרָ֔ה יָאִ֖ירוּ שִׁבְעַ֥ת הַנֵּרֽוֹת׃

« Parle à Aaron et dis-lui : Lorsque tu feras monter les lampes, c’est vers le devant de la Ménora que les sept lampes feront rayonner leur lumière. » (Nombres 8,2)

Cela peut sembler superflu, non seulement parce que toutes ces instructions avaient déjà été données à Moïse auparavant, mais aussi parce que le verset semble énoncer une tautologie : lorsque tu allumeras les lampes, les lampes donneront de la lumière. Et pourtant, les détails qui entourent ce simple geste d’allumage le rendent plus solennel qu’il n’y paraît au premier abord.

Il y avait d’abord la mitsva appelée hatavat ha-nerot, la préparation ou l’embellissement des lampes. [Je dis parfois « bougies » parce que c’est devenu courant dans notre langage, peut-être à cause de l’image que nous avons de Hanoucca ; bien sûr, il s’agissait en réalité de lampes à huile et de mèches que l’on allumait !] Dans le Temple, chaque matin, on faisait un tirage au sort pour déterminer quel prêtre préparerait la Ménora. Celui qui « gagnait » venait nettoyer l’huile consumée et les résidus et les cendres de cinq des lampes, puis remplacer l’huile et les mèches afin que la flamme puisse continuer à brûler. Puis on s’éloignait, avant de revenir pour « embellir » les deux lampes restantes. Ce lent processus — préparer d’abord cinq lampes, puis les deux autres — était réalisé, selon Maïmonide (MT Temidim 3:16), כדי להרגיש את כל העזרה, « afin de susciter des émotions chez tous » : peut-être susciter la crainte respectueuse, peut-être la curiosité, peut-être l’émerveillement.

À ce propos, beaucoup appliquent cette idée à l’allumage des bougies de Chabbat. Même lorsque je n’allume pas moi-même les bougies, j’essaie de prendre quelques minutes pour une forme de hatavat ha-nerot : faire fondre légèrement les bougies pour les fixer à leur place, retirer l’ancienne cire, allumer les mèches puis les souffler, pour qu’elles prennent plus facilement au moment de l’entrée de Chabbat. Ce geste apparemment modeste de nettoyer et de préparer est une mitsva en elle-même, et non seulement une étape nécessaire pour atteindre le but. Cela vaut probablement aussi dans d’autres domaines de la vie : nous étudions parce qu’il est bon d’apprendre, et pas seulement pour savoir quelque chose. Nous entamons une conversation avec de nouvelles personnes, pas nécessairement pour obtenir quoi que ce soit de cette relation, mais parce qu’il est juste que les êtres humains se rencontrent et se relient.

Il existe un débat pour savoir si « l’embellissement » des lampes inclut le fait de les rallumer, ou s’il s’agit d’une tâche distincte. Quoi qu’il en soit, le verbe employé ici, qui donne son nom à la paracha, est lehaalot : faire monter la flamme. Rachi donne ici deux explications. D’abord, il dit qu’il y avait peut-être un marchepied devant la Ménora : on montait donc pour rallumer la flamme. Il ajoute aussi qu’il fallait prendre suffisamment de temps lors de l’allumage, עד שתהא שלהבת עולה מאליה, jusqu’à ce que la flamme monte d’elle-même. Cette idée se retrouve dans beaucoup de nos interactions, en particulier lorsqu’il s’agit de transmission et d’inspiration. Il ne suffit pas, par exemple, qu’un enseignant transmette brièvement une idée ou un savoir-faire : le « feu » du maître doit s’approcher, être reçu par l’élève, lentement, d’abord vacillant, jusqu’à ce que la nouvelle flamme s’élève d’elle-même, nourrie par son propre combustible. Transmettre une flamme n’est pas comme donner de l’argent ou d’autres cadeaux : celui qui donne ne perd rien en donnant davantage de lumière. Mais cela doit être fait correctement, lentement, avec soin et avec une grande responsabilité. La facilité relative avec laquelle le feu se transmet est aussi ce qui le rend si dangereux : une fausse impression, une mauvaise idée, un message erroné peuvent eux aussi être reçus rapidement et continuer à brûler d’eux-mêmes. C’est peut-être pour cela que la cérémonie et la préparation entourant l’allumage de ces flammes avaient une telle importance.

Puisque nous parlons de transmission des flammes, comment les allumait-on ? Six des lampes étaient allumées à partir de celle que l’on appelait le Ner HaMaaravi, la lampe occidentale. Il existe un débat sur son emplacement exact, mais supposons pour l’instant qu’il s’agissait de la lampe centrale, avec trois lampes de chaque côté orientées vers elle. Et comment allumait-on le Ner HaMaaravi lui-même ? Chaque jour, on apportait du feu depuis l’autel pour l’allumer. Mais d’où venait ce feu ? Lorsque la Torah décrit la fin de l’inauguration du Michkan (Lévitique 9,24), un feu descendit du ciel pour consumer le sacrifice inaugural sur l’autel. Selon la tradition rabbinique, ce feu resta allumé pendant toute la période du désert (Rachi sur Nombres 4,13) et durant toute l’époque du Premier Temple (Zevahim 61b). Et pourtant, le Talmud rapporte une instruction surprenante :

דְּתַנְיָא: ״וְנָתְנוּ בְּנֵי אַהֲרֹן הַכֹּהֵן אֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ״, אַף עַל פִּי שֶׁאֵשׁ יוֹרֶדֶת מִן הַשָּׁמַיִם, מִצְוָה לְהָבִיא מִן הַהֶדְיוֹט

« “Les fils d’Aaron le prêtre mettront du feu sur l’autel” (Lévitique 1,7) : même si un feu descend du ciel, c’est malgré tout une mitsva d’apporter du feu par l’intermédiaire d’un être humain. » (Yoma 21b ; MT Temidim 2:1)

Le feu miraculeux venu du ciel ne suffisait pas : il fallait qu’un élément humain y prenne part. Certains expliquent (Sefer Ha-Hinoukh 132) que c’était afin de dissimuler le miracle. Selon cette lecture, le feu céleste descendait chaque jour ; mais puisque la nature de notre monde veut que les miracles se produisent sans cesse tout en ayant toujours l’air naturels, c’est ainsi que les choses se passaient aussi dans le Temple. Mais il me semble qu’il y a davantage. La participation humaine fait elle aussi partie du projet divin. Dieu n’a pas besoin de Son propre feu, et Dieu n’a pas non plus besoin du feu des hommes ; mais les êtres humains ont besoin d’être actifs dans leur réponse à ce que Dieu nous demande, dans le domaine du rite comme dans tous les aspects de notre vie. Nous n’avons pas le droit de nous contenter d’attendre que la bonne chose arrive, qu’elle frappe comme l’éclair, même si parfois cela se produit. Il nous revient de participer, et de faire advenir ce qui est juste. C’est ce feu-là, mélange du divin et de l’humain, que l’on apportait à la Ménora pour allumer toutes les lampes.

Il y a encore d’autres feux dans cette paracha : la colonne de feu qui repose la nuit au-dessus du peuple d’Israël pendant son voyage dans le désert, ainsi que le feu qui frappe les rebelles à Kivrot HaTaava. Que le feu soit symbole de création, de relation, d’illumination, de culte, de présence, de protection ou de destruction, il est clair qu’il est puissant, et qu’il exige donc réflexion et attention. Puissions-nous mériter d’apporter et de recevoir seulement de la lumière.

Chabbat chalom.

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