Par Malo
Bonjour à tous,
Vous le savez, la paracha du Bar Mitsva correspond à celle de sa naissance… on ne la choisit pas. Et moi, on ne peut pas dire que je sois tombé sur la plus simple à comprendre de la Torah!
Nasso donne des lois sur des sujets et rituels étranges comme le rituel de la Sotah, la femme adultère, et les lois du naziréat. C’est aussi dans cette paracha qu’on trouve la birkat kohanim, la bénédiction des prêtres sur le peuple qu’aujourd’hui les parents font à leurs enfants le soir de chabbat.
J’ai choisi de vous parler aujourd’hui du Naziréat
Le Nazir c’est une personne qui décide d’être un juif +++ c’est-à-dire qu’il trouve que 613 mitsvot ça n’est pas assez, alors il fait le “voeu” du nazir qui lui ajoute des contraintes supplémentaires. Il pense qu’en faisant ça, cela va le rapprocher de Dieu!
Par exemple, les nazirs n’ont pas le droit d’approcher des morts (un peu comme les kohanim), ils n’ont pas le droit non plus de boire de vin (et même pas de jus de raisin d’ailleurs, ni de manger des raisins) ou de se couper les cheveux.
Le plus célèbre des nazirs est un personnage qu’on trouve dans la Haftara de Nasso: il s’appelle Samson. Mais Samson n’est pas un nazir comme les autres car il ne l’a pas choisi, ça a été décidé pour lui avant sa naissance. Je vous raconte un peu l’histoire:
La mère de Samson était stérile mais un “malakh” un ange, lui est apparu et lui a dit qu’elle aurait un fils en précisant:
“ le jeune garçon sera naziréen de Dieu dès le ventre [de sa mère]; et ce sera lui qui commencera à sauver Israël de la main des Philistins.” (Juges 13)
En grandissant, Samson développe une force hors du commun. Une force qui, d’après les commentaires étaient liés à son statut de nazir et était surnaturelle. Il n’avait même pas besoin d’armes ou d’aide pour vaincre ses ennemis ou même des bêtes sauvages.
Cette histoire m’a fait me poser la question: qu’est ce que la vraie force?
J’ai tout de suite pensé à mon grand-père Papitch, qui a fait de l’haltérophilie à haut niveau. Il a eu une vie assez incroyable:
En Russie en 1922, sa mère avait 6 ans quand elle a vu son père mourir assassiné dans son petit village pendant un pogrom. Elle est donc partie à pied rejoindre la Palestine avec sa mère et ses frères et soeur. Elle a grandi là-bas et a donné naissance à mon grand-père.
A 5 ans, sa famille a emménagé en Normandie. Son prénom, Yéhouda, lui a valu des moqueries à l’école. Il a décidé de devenir fort, en se mettant à l’haltérophilie… il a même été champion de Normandie! S’il n’a jamais eu recours à la violence, sa musculature l’a bien aidé pour séduire ma grand-mère Mamiline, fille d’un tailleur Marocain, arrivée petite en France. 🙂
Mais lui aussi a poussé sa force un peu trop loin puisque en s’entrainant pour le championnat de France, il s’est brisé une côte et a dû arrêter ce sport. On ne saura jamais s’il aurait été l’homme les plus fort de France !
Plus tard, il a souffert de la maladie de Parkinson, qui l’a beaucoup diminué mais il est resté costaud tout sa vie !
J’ai découvert qu’il n’était pas le seul juif de sa génération à avoir été champion d’Haltérophilie, Leon Lewkowicz, un des rares enfants ayant survécu à Auschwitz, a déclaré avoir commencé ce sport après la guerre afin de ne plus jamais être une victime. Il avait 15 ans quand il a été déporté et à 19 ans, il était champion de France de poids et haltères.
Malheureusement, mon grand père n’est plus là pour que je lui pose la question, mais je me dis que ce qu’il a dû entendre quand il était petit de sa mère sur les persécutions de sa famille en Russie l’a surement marqué profondément et que cela a dû jouer un rôle dans son envie de se sentir tellement “fort” lui aussi.
Pourtant, en général, la Torah a plutôt l’air de valoriser l’intelligence plutôt que la force physique.
Je pense en particulier à l’histoire de Jacob et Esaü qui sont deux frères jumeaux complètement opposés: Esaü, l’homme qui chasse et passe son temps dehors représente la force brute et Jacob, à l’inverse, préfère rester dans sa tente et étudier, il représente l’intelligence et la ruse. En faisant de Jacob le successeur d’Isaac à la place de son frère, la Torah semble nous dire que la qualité la plus importante pour être un bon leader n’est pas la force physique mais plutôt la force mentale.
Les sages insistent beaucoup sur l’importance de la force morale et éthique plutôt que la prouesse physique. Dans Pirkei Avot, recueil de sagesse et d’éthique rabbinique, les rabbins affirment que la véritable force réside dans la maîtrise de soi, je cite:
“Ben Zoma a dit : (…) Qui est puissant ? Celui qui maîtrise ses penchants, comme il est dit : « Mieux vaut celui qui est lent à la colère que le héros, et celui qui se maîtrise que celui qui prend une ville » (Proverbes 16:32).”
(Pirkei Avot 4:1)
Désolé de m’éloigner un tout petit peu de la Torah mais moi, ça m’a fait penser à Karaté Kid! Dans le dernier film, un des personnages (qui fait beaucoup penser à Samson…) représente cette force brutale: il tape très vite, très fort, il détruit tout sur son passage. Mais finalement il se fait battre par celui qui est plus petit mais plus intelligent et surtout, qui a plus de maîtrise de lui-même.
En lisant l’histoire de Samson, je ne peux pas dire que je l’ai trouvé très “héroïque”. Il est surtout caractériel et utilise souvent très mal cette force supérieure. D’ailleurs, ça ne se termine pas très bien pour lui car il meurt sous les décombres du palais qu’il avait fait lui-même s’écrouler.
Peut-être qu’avec cette histoire, la Torah veut nous mettre en garde sur la mauvaise utilisation de la force?
J’aimerais éviter de citer encore un film hollywoodien mais comment ne pas penser à l’expression bien connue: « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ». D’ailleurs, Spiderman n’est pas le premier à utiliser cette expression, avant lui, Winston Churchill avait déclaré en 1943, quelque chose d’un peu similaire: “le prix de la grandeur, c’est la responsabilité”.
A plus petite échelle, devenir Bar Mitsva, c’est aussi avoir de plus grandes responsabilités. C’est en tout cas comme ça qu’on nous le présente: l’âge des mitsvot, c’est un premier pas vers l’âge adulte.
J’espère donc être à la hauteur et toujours utiliser ces nouvelles responsabilités pour le bien. J’ai appris en préparant cette dracha que la force physique n’est pas mauvaise en soi mais qu’elle ne suffit pas et doit s’accompagner de la maîtrise de soi.
Je ne pense pas que je serai champion d’haltérophilie comme mon grand père même si un peu de musculation ça ne fait pas de mal. Et quoi qu’il arrive, je ferai surtout attention de ne jamais basculer du côté obscur de la force… Zut, ca fait une troisième citation de film, j’avais dit que j’arrêtais!
Retrouvez ici le commentaire du rabbin Josh Weiner sur la paracha Nasso 5786