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Réé: avons nous réellement le choix?

La paracha Réé 5782 par Eve Amsellem à l'occasion de sa Bat Mitsva

Eve Amsellem

A l’occasion de sa Bat Mitsva, paracha Réé 5782

Chers amis et chère famille, je vais vous parler aujourd’hui de la paracha Réé.

Rappelons un peu le contexte : 

Alors que les Bnei’ Israël traversent le désert pour entrer en ‘Erets Israël, Moïse les place face à un choix:

Vois, je mets devant vous aujourd’hui bénédiction et malédiction. La bénédiction : que vous écoutiez les commandements de Hachem, votre Dieu que je vous ordonne aujourd’hui. Et la malédiction: si vous n’écoutez pas les commandements de Hachem votre Dieu et que vous vous écartez de la voie que je vous ordonne aujourd’hui, pour suivre les Dieux des autres que vous ne connaissez pas.

La paracha Réé évoque une question importante que je souhaite développer avec vous:

Si Dieu sait tout, pourquoi nous laisse-t-Il le choix entre le bien et le mal ?

Cette question en cache en réalité deux:

D’une part, si Dieu sait tout, dans quelle mesure avons-nous le choix?

Et d’autre part, pourquoi nous laisse-t-Il le choix entre le bien et le mal? 

Examinons la première question : 

Si Dieu sait tout, dans quelle mesure avons-nous le choix ?

On peut y voir une contradiction : Si Dieu sait tout et que tout est écrit, c’est Lui qui décide de nos actions. Et si nous avons le choix de nos actions, Dieu ne sait pas tout.

Maïmonide nous propose deux explications:

La première est qu’il y a une contradiction mais qu’un élément de la contradiction – Dieu – est inaccessible pour l’esprit humain. Il y a une contradiction mais puisque l’on ne connaît pas un des termes, on ne peut pas la résoudre.

Maïmonide propose une autre solution plus complexe mais trop longue à expliquer ici. 

Selon Gersonide, l’homme est libre de ses choix, donc Dieu ne connaît pas tous les détails.

Selon Crescas, Dieu sait tout et même le libre arbitre est déterminé par Lui.

Et maintenant voici la position du rav Rivon Krygier :

Dieu interagit avec les hommes, quel est l’intérêt de la création du monde si ce n’est pas pour interagir avec lui? Dieu apprend aussi des hommes, par exemple, dans l’histoire du sacrifice d’Isaac, à la fin, Hachem dit “maintenant, je sais que tu étais prêt à sacrifier ton enfant”. Ce “maintenant” signifie qu’avant, Dieu n’en était pas sûr. Cela signifie qu’il a appris quelque chose et donc qu’il n’est pas parfait. La plupart des sages parlent de Dieu comme d’un être infini, parfait. C’est une erreur car si Dieu était parfait, il lui manquerait la qualité de se perfectionner.

Selon moi, il n’y a pas de contradiction entre l’omniscience de Dieu et le libre-arbitre humain.

Prenons un exemple :

Il est 7 heures du matin et Miriam, jeune Parisienne, prend tranquillement son petit déjeuner lorsqu’elle est mise face à un choix cornélien: mettre le lait avant ou après les céréales? 

Pas facile, n’est-ce pas? Suite à de longues réflexions, elle finit par verser les céréales après le lait.

Avant qu’elle ne prenne cette décision, Dieu savait déjà qu’elle choisirait cette option. Cependant, ce n’est pas parce qu’il savait qu’elle le ferait que ce n’est pas son choix à elle. C’est comme quand vous lisez un livre que vous avez déjà lu. Vous savez déjà que le protagoniste, en bon gentil, va décider d’épargner le méchant. Vous le savez, mais c’est quand même sa décision à lui. Dieu sait quels seront nos choix mais ne décide pas à notre place.

Examinons maintenant la seconde question : 

Pourquoi Dieu nous laisse-t-Il le choix entre le bien et le mal ?

En effet, Dieu pourrait nous forcer à faire le bien ou le mal. Cependant, dans ce cas, il n’y aurait aucun mérite à faire le bien. Imaginez, vous aidez une vieille et honorable grand-mère à traverser la rue au péril de votre vie et celle-ci vous dit en guise de remerciements “Pourquoi je te remercierais ? C’est normal que tu m’aides, c’est écrit dans tes gènes !”

Si nous étions prédestinés à faire ou le bien ou le mal, nous ne réfléchirions pas à nos actions ni à leurs conséquences. Alors que là, nous prenons nous-mêmes nos décisions et réfléchissons seuls à la meilleure option. De plus, pourquoi punir quelqu’un de prédestiné à faire le mal? Ce serait comme de punir quelqu’un parce qu’il respire. 

En choisissant le bien, nous nous engageons à suivre Ses commandements volontairement. De plus, en nous laissant le choix entre le bien et le mal, Dieu nous pousse à réfléchir, à envisager toutes les solutions et les conséquences de chaque choix.

Cependant, tout n’est pas noir ou blanc. La question du bien ou du mal n’est pas toujours évidente. Peut-on employer des méthodes malhonnêtes à des fins honorables? Ou bien employer des méthodes honnêtes à des fins méprisables?

Exemple :

Votre meilleur ami a commis une faute grave mais quelqu’un d’autre est puni à sa place. Que faire?

Vaut-il mieux dénoncer et perdre un ami?

Ou bien vaut-il mieux ne rien dire et laisser l’innocent être puni?

Dans ce cas là, il n’existe pas de “bonne solution” (sauf que l’ami se dénonce de lui-même mais c’est peu probable) 

En conclusion, nous devons profiter de cette chance que nous avons de choisir nous-mêmes notre voie et à chaque fois que nous avons le choix, entre le bien et le mal, entre la facilité et la difficulté, nous devons toujours réfléchir à la meilleure solution et aux conséquences de notre choix.

Je finirai par cette citation du célèbre rav Albus Dumbledore :

“Ce sont nos choix Harry qui montrent ce que nous sommes vraiment, beaucoup plus que nos aptitudes.” 

Pour finir, je voudrais remercier:

Mes parents  pour m’avoir transmis les valeurs du judaïsme et pour avoir organisé ma bat mitzva.

Ma mère pour m’avoir poussée à faire ma bat mitzva et pour m’avoir emmenée au Talmud Torah depuis mes 8 ans. 

Mon père pour m’avoir réveillée chaque matin en me disant “Eve va réviser ta paracha ! ” et pour m’avoir transmis son humour formidable, son intelligence exceptionnelle et sa modestie hors du commun.

Elkana pour m’avoir préparée à ma bat mitzva et m’avoir consacré de son temps précieux avec gentillesse, patience et beaucoup de présence.  

Mon grand-père Isaac pour les révisions estivales en Israël et ma grand-mère Josiane pour la dafina.

Mes grands-parents César et Rollande d’avoir lancé dans la famille la mode des Bat Mitsva. (Résultat j’ai pas pu y couper!)

Goty pour les cours du Talmud Torah, c’était super intéressant!

Josh pour avoir attentivement relu ma dracha et m’avoir donné ses conseils pertinents dessus.

Le rabbin Krygier pour avoir écrit un livre au sujet de l’omniscience de Dieu et du libre arbitre. Il était dans la vitrine, ça m’a inspirée.  

Et merci à vous tous d’être venus.

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