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Pharaon et son armée engloutis par la mer armée de Pharaon à la poursuite des hébreux paracha Bo israélites mer rouge

Justice et rétribution

Dracha prononcée par Eytan Sakh à l'occasion de sa Bar Mitsva le 26 janvier 2023

La paracha Bechalah par Eytan Sakh

Suite à l’étude de différents points de ma Paracha, je choisis de vous partager l’analyse d’un sujet récurrent dans la Torah: celui de la rétribution. Si tu fais bien, tu es récompensé et si tu fais mal, tu es puni (Charone sait toujours s’y prendre pour être récompensée). L’Égypte a mal agit face aux hébreux, elle se retrouve punie. Pour les rares personnes qui n’auraient pas lu ma paracha,  vous retrouverez cette idée dans le passage connu de tous:

והיה עם שמע תשמעו…ונתתי מטר ארצכם

Si vous obéissez à mes commandements… Je donnerai à votre pays la pluie en son temps

וסרתם…ועצר את השמים ולא יהיה מטר

Si vous vous détournez… il fermerait les cieux, et il n’y aurait point de pluie

Abordons ce sujet par une michna du traité Avot. L’auteur est le légendaire Hillel qui vécut 120 ans jusqu’en l’an 8 de notre ère. Il est le dernier président du Sanhédrin de l’époque des Zougot.

Natif de Babylone, il se rend à Jérusalem, et y devient la figure intellectuelle dominante sous le règne d’Hérode, fondant une école d’interprétation pragmatique de la loi juive

Mais avant cela, quelques points de méthodologie :

  • la Michna est lecorpus de la loi orale et ces énoncés sont normatifs et concis. 
  • le traité de Avot fait exception. Il s’agit de conseils. On le nomme les maximes des pères. 

À présent, je vous cite la Michna en hébreu. 

אַף הוּא רָאָה גֻּלְגֹּלֶת אַחַת שֶׁצָּפָה עַל פְּנֵי הַמַּיִם

אָמַר לָהּ:

עַל דַּאֲטֵפְתְּ, אַטְפוּךְ;

וְסוֹף מְטַיְּפַיִךְ יְטוּפוּן

Notre michna s’articule en 2 temps.

Hillel voit un crâne qui flotte au dessus de l’eau. Il s’adresse au crâne et lui dit:

  • Puisque tu as noyé, tu te retrouves noyé
  • Ceux qui t’ont noyé seront noyés à leur tour

Cette michna atteste que le monde fonctionne de façon causale avec rétribution et justice. Celui qui a fauté est puni. Pour le traité de Avot, cette Michna semble curieuse ! Plus que des maximes on entend un énoncé causal. On retrouve d’ailleurs que Ovadia de Bartenora, un commentateur italien du 15ème siècle sur l’ensemble de la michna, soutient une lecture littérale. Pour Bartenora, l’énoncé est causal. Le crâne est celui d’un fauteur. Et celui qui noie méritera à son tour d’être noyé bien qu’il réalise le projet divin. En effet, Dieu l’a choisi car il était coupable par ailleurs. 

Causalité dans la michna qui permet d’atteindre une logique de justice et de rétribution. 

Je vous propose à présent une lecture mystique…

Qui est ce crâne ? Et qui a-t-il noyé ? 

Le Arizal sur Avot, affirme que ce crâne est celui de Pharaon qui a noyé les hébreux. 

Isaac Louria, nommé le Arizal vécut 38 ans jusqu’en 1572. Rabbin et kabbaliste, il est considéré comme le penseur le plus profond du mysticisme juif. 

Louria appuie sa démonstration sur le fait que la michna précise אַף הוּא רָאָה lui aussi a vu;

Qui est donc l’autre que Hillel qui a vu ?! Hillel, comme Moïse, a vu ce crâne de Pharaon. Hillel est la réincarnation de Moïse. D’ailleurs tout comme lui il était chef de sa génération, vécut 120 ans et était modeste. 

Hillel dans un premier temps s’adresse au crâne: puisque tu as noyé, tu te retrouves noyé, c’est à dire que tu récoltes ce que tu as semé;

Louria poursuit sa relecture et propose de dire que dans un second temps Hillel s’adresse à Israël : « sachez que ceux qui voudront vous noyer seront noyés à leur tour. » Il vient adresser un message d’espoir. 

Décortiquons la thèse de Louria…

Puisque tu as noyé, tu te retrouves noyé. 

Quelle certitude permet a Louria d’affirmer qu’il s’agisse bien du crâne de Pharaon ? Il ne disposait probablement pas de carbone 14 ! 

Ceux qui t’ont noyé, seront noyés à leur tour. 

La seconde partie de cette michna ne poursuit pas de causalité envers celui qui a noyé ce susceptible Pharaon, mais adresse un message d’espoir vers Israël. (En effet, qui peut connaître le futur ? A part mon père…). Hillel fait donc un aparté à ses élèves pour les rassurer.  Vos noyeurs seront noyés. Vos détracteurs, punis. 

Pour Louria, LE principe de la michna n’est pas la causalité, mais l’espoir d’une causalité. 


Poursuivons notre analyse…

Admettons que selon Louria, Hillel possède un quelconque mystérieux moyen d’identifier le crâne de Pharaon. Il cherche pourtant à rendre compte d’une michna de laquelle il sort de la littéralité.

Dès lors, je m’interroge davantage. La causalité ne me semble plus si évidente que ça…

Reprenons le narratif biblique du premier homicide et plongeons nous à la source. 

Kaïn tue Evel. 

C’est le 1er homicide de l’humanité de la Torah. 

Selon cette logique, il faudrait que Evel ait tué pour être tué par Kaïn !!! Mais dans ce cas la narration biblique ne peut pas commencer. 

J’en conclus que la causalité n’est pas une logique éprouvée mais une croyance. 

Qu’est-ce qui oppose donc Obadia de Bartenora à Louria ? 

La Michna souhaite un monde rationnel. La logique de la justice contient cette idée du rationnel.

Bartenora conçoit que la causalité est le principe qui régit l’univers. 

Louria quant à lui, derrière sa lecture mystique, a les pieds bien sur terre. Il n’est pas dupe. La justice nécessite de naître, de débuter à un moment. Il faut y croire. Sur un événement passé, à savoir, la noyade des hébreux, il est en mesure de dire que Pharaon est noyé de façon causale. Même s’il n’est pas certain que le monde soit régit par le principe de causalité, il est prêt à l’affirmer car il souhaite soutenir le monde causal de la michna. Toutefois, sur la seconde partie, il ne se permet pas d’affirmer davantage qu’un espoir.

En le formulant de cette façon, il ne risque pas d’induire en erreur ses élèves. Pour Louria, Hillel dit : “soyons prêts à ce que le monde fonctionne différemment”.

En résumé : Bartenora décrit l’univers comme causal. Louria comme un espoir qu’il le soit ou le devienne. 

Si je suis certain que le monde fonctionne avec causalité, l’incidence pourrait être que j’en vienne à  ne pas évaluer correctement l’impondérable et l’aléatoire. Je pourrais me risquer de trop en étant un idéaliste acharné. 

A l’inverse si je ne m’appuie que sur une croyance, je risque de ne pas agir suffisamment. C’est-à-dire que si ça arrive, tant mieux ; si ça n’arrive pas, tant pis ! De ces deux lectures, essayons de trouver le juste milieu face à la réalité qui nous entoure !

Pour ma part, même si j’aimerais que tous mes efforts soient récompensés, cet enseignement amène à relativiser sur la logique du résultat et d’être plus ouvert sur celle du chemin.

Retrouvez ici la dracha du rabbin Josh Weiner sur la paracha Bechalah 5783

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