Synagogue Massorti Paris XVe

birkat kohanim

Le peuple juif et le devoir de sanctification

La paracha Emor par Jeanne Favrat

Aujourd’hui, la parasha s’ouvre sur un impératif de Dieu à Moshé :  EMOR !, « Parle aux prêtres, et dis-leur qu’Ils doivent rester saints,  pour Dieu. Pourquoi ? Parce que ce sont eux qui offrent le sacrifice, « moi-dit Dieu, je suis meqadishem, » Celui qui vous sanctifie.  

 La tradition a nommé l’offrande des sacrifices « service divin » soulignant que l’acte conscient du prêtre faisait passer le sacrifice du profane au sacré. A la suite de la disparition du Temple  et donc des prêtres, demeure pour les descendants d’Aaron la birkat cohanim. Et à notre intention, s’est transmis le commandement du « Soyez saints » par la mise en œuvre d’une pluralité de comportements autour de la germination d’une fraternité, ouverte sur l’Humanité tout entière.  L’office synagogal, nous entraîne aujourd’hui en une entrée contemporaine dans la suite du courant religieux qui animait le peuple à l’époque du Temple, muté en rendez-vous communautaire Dieu- peuple d’Israël.

On a trouvé dans les  synagogues anciennes et aujourd’hui encore en quelques-unes, une colonne avec une inscription à hauteur du regard. Elle se trouve en vis-à-vis de l’emplacement où se tient aujourd’hui l’animateur liturgique. Tiré du traité Beharot «Lorsque tu entres en présence de ton créateur fais-le, empreint de crainte et de révérence. Sache devant qui tu te tiens.» Cette inscription ravive notre conscience, dans l’actualité de l’acte d’un « tous ensemble communautaire ». Non dans un rôle  répétitif mais dans la responsabilité d’une présence à ETRE. D’où, si un membre s’absente du courant, c’est toute la dynamique de la communauté qui  le ressent.

Aujourd’hui,  plus de Temple, plus d’offrande des sacrifices. Demeure l’office synagogal avec un engagement communautaire en courant spirituel et culturel, assurant la fondation de chaque communauté, tandis qu’un  réseau international unifie les communautés Massorti.   Quel que soit notre engagement personnel, profane ou spirituel, à l’heure de la célébration du Chabbat, pour ceux qui s’y engagent en spiritualité, il demeure un point de  passage énergétique du visible vers une Présence Invisible. 

Par ailleurs, selon notre désir et sans distinction, nous montons à la Bimah, qui n’est pas un autel liturgique, mais un clignotant qui a pour fonction de tenir en éveil l’assemblée, afin de nous conscientiser dans la recherche de cette  énergie spirituelle juive qui traverse les siècles. Et c’est alors que le sens de l’inscription sur la colonne doit garder son actualité : « Sache devant qui tu te tiens »…afin que se perpétue de l’une à l’autre génération, un devoir de sanctification, en conscience de notre adhésion à l’office synagogal. La Bimah, demeure pour nous tête chercheuse en  jonction : terre-ciel, sous la veille silencieuse de l’«Aaron ha qodesh », gardienne de La TORA, centre focal du déroulement de l’office. La bimah n’est donc qu’un tremplin qui nous permet de sonder le degré d’intériorisation  de nos consciences. C’est alors que se dévoile, au plus intime de l’assemblée, le murmure du débit de la  Source cachée d’une Transcendance, qui nous origine personnellement, tout en nous dépassant. 

Nous sommes chacun et tous ensemble engagés en peuple juif, dans la prise de conscience, d’un devoir de sanctification réciproque en laquelle tout se tient. Ce qui ne nous oblige pas à une congélation des corps ou au désordre d’une agitation bavarde, seulement à  une prise de conscience qui nous dépasse, dans l’engagement de nos vies en  Peuple juif, solidaire de toute Humanité. Acte de sanctification personnelle qui se vit au pluriel, matériellement et/ou spirituellement, chacun  à sa place, en  recherche de la plus juste mesure en toute chose si chère à Maïmonide. Prise de conscience  d’une  responsabilité personnelle et communautaire distillant, d’une génération à l’autre, l’essence de vie humaine qui invisiblement tient en vie le peuple juif, en élaboration de l’espérance  de l’avenir d’un Tous ensemble.  

Les Anciens, jusqu’aux modernes : Raphaêl DraÏ  et Leibovitz  et d’autres encore, nous ont  laissé des messages, nés de l’expérience communautaire qui était  la leur. Le temps étant  court, voici, en vrac,  trois réflexions qu’ils nous ont laissé : 

« Le Temple disparu, la prière qui nous reste doit s’effectuer par la pensée , la volonté du cœur, la voix, l’articulation des lèvres afin de réaliser un lien parfait entre l’En Haut et l’en-bas (…) car (…) La voix d’en bas provoque la vie d’en haut. (…) Servir Dieu, c’est discerner aussi  que céder à nos pulsions  dans le service de la liturgie peut devenir une sorte de service de l’idolâtrie de soi, ce qui nous emprisonne en disloquant l’harmonie de tous. (…) Ce qui compte, c’est la conscientisation de nos responsabilités personnelles par l’acte que l’on pose. La foi s’exprime en actes. N’est-ce pas la responsabilité unique de chacun dans la construction de l’ensemble ? » 

En conclusion ouverte, une dernière réflexion de Raphaël Draï : La sanctification est un mouvement circulaire qui ne se réduit pas à des gestes liturgiques. L’humain cheville le monde d’en Haut et le monde d’en Bas !

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