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La voie des larmes

En résonance avec la dracha de Kippour de notre rabbin, Ruth Scheps nous livre sa réflexion sur le thème des larmes et leur signification à la fois physiologique et spirituelle.

Par Ruth Scheps

Ce texte est issu d’une conférence donnée dans le cadre du congrès « Dépressions, hypnose et thérapies brèves » qui s’est tenu à Saint Malo du 16 au 18 septembre 2010. Il a été publié la même année en ligne (hypnose-ericksonienne.org et psychotherapie.fr) ainsi que dans le bulletin SOPHRO RESO n° 40.

En intitulant cet exposé « La voie des larmes », voie avec un e pour insister sur leur fluidité, j’étais cependant consciente et même heureuse de la possibilité que l’on puisse entendre cette « voix » avec un x. Car même silencieuses, les larmes qui coulent ne sont pas muettes ; à peine jaillies de leur source énigmatique, elles attirent le regard, suscitent l’attention et obligent à prendre position : empathie, agacement ou indifférence, auquel cas nous ferons comme si nous n’avions rien vu… Position délicate à tenir car nous n’avons pas pu ne pas voir.


Dans les dépressions, quand le rire a disparu et que la parole se raréfie, dans ce « déshumain » dont parlait le psychanalyste Pierre Fédida, les larmes sont parfois seules à dire le malheur qui habite le déprimé – son épuisement, son découragement, son anéantissement. Elles font d’ailleurs partie des symptômes qui permettent de classer les dépressions : dans l’inventaire des dépressions de Beck, la dépression légère entraîne une augmentation des pleurs, la forte dépression une envie constante de pleurer et la dépression grave une incapacité à pleurer.


Ma contribution vise à mieux caractériser ce lien entre larmes et dépressions. Je partirai de la grande diversité des larmes, des manières de pleurer et des situations dans lesquelles on pleure (dépressions, événements tragiques ou heureux, états mystiques…) pour montrer en quoi la connaissance de cette « voie des larmes » pourrait enrichir la pratique du sophrologue ou du psychothérapeute face à ses patients déprimés.

Cependant, parce que les larmes s’écoulent en surface, mais viennent de l’intérieur, qu’elles sont matière objectivable mais disent l’indicible, il m’est apparu que pour en rendre compte, le discours scientifique ne suffisait pas. Les larmes demandent à être dites aussi de l’intérieur, et c’est pourquoi j’introduirai dans mon propos des citations de poètes et d’écrivains ainsi que quelques témoignages personnels. J’esquisserai une phénoménologie des larmes, dans laquelle je mettrai en évidence divers éléments qui la relient à la sophrologie, en théorie et en pratique. Puis, je décrirai le rôle des larmes dans les diverses traditions religieuses qui les ont valorisées, et réfléchirai sur de possibles extrapolations de ces considérations spirituelles à la sphère thérapeutique laïque.

Phénoménologie des larmes


Ce qu’elles sont, ce qu’elles révèlent


Sur le plan neurophysiologique, les larmes sont une des manières dont le système nerveux parasympathique aide un organisme stimulé à revenir à l’homéostasie – approche purement objective, qui ne dit rien des enchaînements psychologiques et à laquelle je préférerai les chemins plus subjectifs des sciences humaines et de la littérature.


« En voilant la clarté du monde, les larmes obligent au retrait loin des évidences du monde commun partagé. » (Catherine Chalier). Or ce retrait est proche de l’épokhé, la suspension du jugement décrite par Husserl et chère au praticien sophrologue. Dans l’épokhê aussi, le regard se tourne vers l’intérieur et accède à d’autres visions. Le poète Andrew Marvell le dit de manière limpide : « …These weeping eyes, those seing tears » (Les yeux pleurant, ces larmes voient). Et Jacques Derrida va plus loin encore : « Au fond, au fond de l’œil, celui-ci ne serait pas destiné à voir mais à pleurer. Au moment même où elles voilent la vue, les larmes dévoileraient le propre de l’œil. Ce qu’elles font jaillir hors de l’oubli où le regard les garde en réserve, ce ne serait rien de moins que l’aletheia, la vérité des yeux dont elles révéleraient ainsi la destination suprême : avoir en vue l’imploration plutôt que la vision, adresser la prière, l’amour, la joie, la tristesse plutôt que le regard. »

D’ailleurs en hébreu où seules les consonnes forment la racine des mots, l’œil (ayin) et la source (maayan) ont la même racine, de même que la larme (dim’a) et le sang (dam). … Comme pour nous rappeler que les larmes sont un fluide corporel aussi vital que le sang et que l’œil existe avant tout pour permettre aux larmes humaines de couler de source.


La personne qui prend conscience de ses larmes au moment même où elles surgissent les appréhende de façon sensorielle (elles sont chaudes, salées, piquantes, etc.). Cette attitude favorise le détachement, comme en témoigne le cas de Saint Louis, qui souffrait beaucoup de n’avoir pas reçu le don des larmes. Lorsqu’il sentit enfin les larmes couler doucement sur sa figure, rapporte Michelet, « elles lui semblèrent si savoureuses et très douces, non pas seulement au cœur mais à la bouche. » (Roland Barthes).

Dans l’expérience subjective des larmes, l’individu est donc présent à sa propre sensorialité, mais aussi au mouvement intérieur si difficile à décrire, qui fait venir les larmes aux yeux (Anne Vincent-Buffault). Dans tous les cas, être consciemment connecté à ses propres larmes en train de couler, c’est se situer en dehors de la vision, comme le dit encore Derrida : « Le regard voilé de larmes […] ne voit ni ne voit pas, il est indifférent à la vue brouillée. Il implore : d’abord pour savoir d’où descendent les larmes et de qui elles viennent aux yeux. »


Les larmes versées ne le sont pas toujours en conscience : certaines larmes ont l’air de couler toutes seules, et de vivre leur propre vie, parfois à l’insu de qui les verse. Ainsi Charlotte Delbo devant le spectacle de la mort : « Nous ne regardons pas, parce que les larmes coulent sur nos visages, coulent sans que nous pleurions. Les larmes coulent de fatigue et d’impuissance. »


Par toutes ses caractéristiques physiques, chacune de nos larmes est unique, mais nous ne le sentons pas, occupés que nous sommes à pleurer… Elles sont objectivement salées, mais nous pouvons les ressentir aussi comme douces ou amères (mais jamais acides). N’est-il pas doux par exemple de goûter les larmes d’un être aimé, à même ses yeux ? D’ailleurs les chiens font cela très bien… Avec des papilles plus subtiles, nous pourrions même percevoir les différentes saveurs des larmes versées par chaque personne, dans chaque circonstance. Ou considérer de même, avec une attention sans faille, le devenir d’une larme unique, comme Pierre Louÿs dans ce mini-récit : « La larme s’accrut, trembla, s’élargit, puis soudain coula sur la joue. », ou comme le poète Paul Celan dans « Voix de Jacob » :
« Les larmes
Les larmes dans l’œil frère.
L’une, encore pendue, grossissait.
Nous y habitons.
Respire, qu’elle se détache. »

Nous pourrions aussi, avec une balance de chimiste, peser chaque larme versée – Cioran imagine même que : « Seules les larmes seront pesées au Jugement Dernier. » Mais ici-bas nul ne s’en soucie car c’est sur le cœur que pèsent les larmes, et les plus lourdes ne parviennent même pas jusqu’aux yeux.


Par-delà leurs caractéristiques sensorielles, les larmes, qui ne saisissent et ne retiennent rien, témoignent d’un lâcher prise. La personne qui pleure de manière authentique accepte humblement de reconnaître, voire de livrer au grand jour son impuissance et sa fragilité. Or l’acceptation de ce qui nous dépasse est un soulagement en soi, que la poétesse Nelly Sachs révèle de manière sublime :


« Déverse en tes pleurs le poids délivré de l’angoisse
Deux papillons pour toi retiennent le fardeau des mondes
Et j’introduis tes larmes en ces paroles :
Ton angoisse est devenue lumière. »
(Nelly Sachs, Brasier d’énigmes et autres poèmes).


Ah, si tous les déprimés parvenaient à transformer leurs boules d’angoisse en de telles gouttes de lumière !
« De combien de larmes au bout d’une vie est ciselé le visage d’un homme… » Cette remarque d’Aragon fait aussitôt émerger de ma mémoire des visages burinés par le soleil et le vent. Peut-être aussi par les larmes ? Et comme en écho à Aragon, Jean-Louis Chrétien remarque que « c’est aussi le visage de notre âme qui est ciselé par les larmes ». Ciselé : comme si les larmes épuraient le visage, à la manière d’un burin de sculpteur.


Les larmes nous font aussi changer de couleur : quand je pleure, mes yeux et parfois mes joues rougissent mais ce que je ressens, c’est une brûlure, susceptible de protéger d’une brûlure plus grave, comme dans le roman Michel Strogoff, où le rideau de larmes couvrant les yeux du héros les isole de la brûlure destinée à le rendre aveugle.


Enfin les larmes agissent sur l’être bien au-delà de son visage et manifestent par excellence l’alliance du corps et de l’esprit sur laquelle insiste la sophrologie : quand je pleure, que mes larmes jaillissent et coulent, puis sèchent et s’effacent, ce n’est ni mon corps seul qui fait signe, ni mon âme seule : c’est moi tout entière, émue corps et âme comme on dit. Et cette émotion est d’abord mouvement.
Quels rapports les larmes entretiennent-elles avec le langage ? Celui qui pleure a renoncé à ses illusions de toute-puissance et abandonné les certitudes du verbe. Mais cette défaite du langage n’est pas refus de communiquer. Comme le dit Jean-Louis Chrétien : « Celui qui pleure n’attend pas d’abord ni seulement, qu’on lui tende un mouchoir, qu’on le prenne dans nos bras, ni qu’on l’adresse à une cellule d’aide spécialisée, mais il requiert avec urgence l’écoute, l’écoute singulière de l’excès de ce qui est à dire sur sa voix. Cette écoute forme l’accompagnement patient et humble sur le chemin qui va de l’interdit vers le dire et des larmes vers la parole. C’est la seule consolation véritable, celle qui, comme disait Kierkegaard, ne commence pas par consoler. Comment consoler ce que je n’ai pas pris la peine d’apprendre ? »

Cependant le langage des larmes n’est pas totalement déconnecté de celui des mots : il y a « des mots qui pleurent et des larmes qui parlent » (Abraham Cowley), des mots qui font pleurer, des larmes qui font parler. Et « pleurer, c’est toujours en quelque manière dire l’indicible » (Jean-Louis Chrétien). Quand les mots ne viennent pas, ou se répètent, ou ne suffisent plus, les larmes prennent parfois le relais. Et si l’on considère les dépressions aussi comme des maladies de la communication (Pierre Fédida), n’est-on pas justifié à voir dans les larmes qui viennent l’amorce d’un soulagement, voire d’une guérison ?


Mais les larmes ne parlent jamais seules : elles s’inscrivent dans un visage qui change d’expression, dans un corps qui s’affaisse, se contracte ou se tord. Finalement, c’est par tout l’être que parlent les larmes – et par tout l’être qui leur fait face, qu’elles sont reçues. D’où la question : quelle est la bonne manière de recevoir les larmes d’autrui et que peut proposer le sophrologue face à des larmes de tristesse ou de douleur ? Les laisser couler comme la vague de détente dans le corps ?


Lors d’une séance récente, j’ai eu à faire face aux larmes de Sarah (atteinte d’un cancer récidivant du colon), à qui j’avais proposé de se visualiser deux ans après sa guérison. Étant incertaine quant à la signification de ces pleurs, survenus en état de relaxation, je lui ai suggéré de les accepter comme ils venaient, puis de retrouver le calme grâce à la respiration abdominale, ce qui a bien fonctionné.

Pourtant j’étais troublée : ces larmes ne disaient-elles pas le désespoir de Sarah ? Et visualiser son propre avenir n’était-il pas contre-indiqué, étant donné sa fragilité ? Mais le dialogue post-sophronique m’a rassurée : pour elle, le fait de pleurer sur son sort et de s’apitoyer sur elle-même, n’avait rien de dramatique en soi. Cela lui permettait simplement d’exprimer un surplus d’émotivité et, ses larmes ayant été entendues, elle a pu laisser émerger un sourire, brillant comme le soleil après l’averse.


J’ai pensé à cette affirmation de Jean-Louis Chrétien : « Nous n’avons pas à comprendre trop vite le sens des larmes de l’autre, mais à l’accompagner vers leur horizon, qui est une parole sienne où il se comprenne lui-même ou du moins se dise jusque dans ce qu’il a d’obscur. » Mais pour le thérapeute, cet accompagnement est rarement une simple promenade de santé car les larmes que lui adresse son patient, l’expose à ses propres failles.


Comment pourrai-je en effet accueillir les larmes de mon patient si je n’ai pas d’abord interrogé mes propres larmes, et compris que chaque crise de larmes est un jaillissement de vie, un mouvement qui nous propulse vers d’autres états d’âme et nous rend plus conscients, plus lucides ?
Il m’arrive bien sûr de pleurer uniquement sur moi-même et pour moi-même. Larmes de regret, de désespoir ou de colère, par lesquelles je nourris mon propre malheur. Parfois, je verse des larmes destinées (consciemment ou inconsciemment) à émouvoir ou à culpabiliser. Mais quel est le destinataire des larmes jaillies de moi quand j’ignore leur pourquoi ? Où vont mes larmes que personne ne réclame, mes larmes que personne n’a vues, entendues ou senties, mes larmes pour rien ?

D’où elles viennent, ce qui les retient

Les larmes ont sans doute très vite été perçues comme exclusivement humaines, et le mystère de leur origine a constamment stimulé l’esprit humain. Dans l’ancienne Égypte comme pour les Incas, un mythe attribuait ainsi la naissance des hommes aux larmes du Soleil (Rê pour les Égyptiens, Vicarocha pour les Incas).


Que dit notre époque de l’origine psychologique des larmes ? Le psychanalyste J.-B. Pontalis nous met en garde : « … Souvent, je n’ai pas la moindre idée de ce qui fait venir les larmes à cette femme. S’abstenir alors de lui demander : “Pourquoi pleurez-vous ?”, elle l’ignore. Ne pas se laisser attendrir : l’émotion qui se montre n’est pas indice de vérité, son évidence peut être trompeuse, l’affect, que tant d’analystes tiennent pour infalsifiable, sait mentir. (Les hystériques en jouent à nos dépens et aux leurs.)»


Certaines situations (vécues ou simplement évoquées) me font régulièrement venir les larmes aux yeux : naissance, mariage, mort… Que je pleure à propos d’un décès renvoie sans doute à la peur de ma propre mort. Mais à propos d’une naissance ? Quel chemin intérieur conduit de la manifestation d’une vie nouvelle au jaillissement de mes larmes ? Il me semble qu’en pleurant, je reconnais appartenir à la communauté des vivants : comme ce nouveau-né qui vient au monde, j’ai quitté un jour le ventre de ma mère. Et comme ce nouveau-né qui un jour quittera la vie, je mourrai moi aussi. Ainsi, toute naissance me rappelle ma condition mortelle, et chaque rappel de ce genre est un choc que mes larmes aident à métaboliser.

Dans son « Éloge des larmes », Roland Barthes se demande : « Quel est ce “moi” qui a “les larmes aux yeux” ? Quel est cet autre qui, telle journée, fut “au bord des larmes” ? Qui suis-je, moi qui pleure “toutes les larmes de mon corps” ? ou verse à mon réveil “un torrent de larmes ” ? » Alors si je me disais « ça pleure en moi » plutôt que « je pleure », mes larmes n’en seraient-elles pas plus paisibles ?


Le « don des larmes » (j’y reviendrai plus longuement à propos de la spiritualité) est un processus à double sens, qui produit les larmes et qui est produit par elles. Nos larmes ne sont-elles pas un cadeau que nous faisons à qui accepte de les regarder, et de les entendre ? Quand nous pleurons face à quelqu’un, nous lui faisons confiance pour savoir quoi faire de nos larmes.


Mais il est des larmes plus secrètes, versées à l’écart, dans la solitude de la douleur ou du désespoir : des larmes qu’il serait honteux de laisser voir, et qu’il n’est pas question de partager. Ces larmes nous font toucher le fond. Les larmes tenues en réserve ne sont pas toutes versées. Nous ne pleurons jamais toutes les larmes de nos corps. De ce trésor de larmes possibles, qui accompagne nos vies, seule une partie se matérialisera, versant concret de nos émotions remontées en surface. Car lorsque le désespoir est trop fort, ou l’événement déclenchant trop proche, le déprimé n’a même plus le secours des larmes.
Ainsi Dante :


« Les larmes mêmes empêchent de pleurer, Et la douleur, qui trouve obstacle sur les yeux, Se retourne au-dedans et fait croître l’angoisse. Car les premières larmes font une masse,
Et comme des visières de cristal, Remplissent toute la coupe sous les cils. »
(l’Enfer, chant XXXIII).


Et dans la Vita nova, Dante évoque le « deuil des larmes », que l’on peut entendre soit comme le deuil qui se manifeste par les larmes, soit comme les larmes impossibles à verser et dont on a fait le deuil.
Dans une dépression consécutive à un deuil, les larmes sont parfois très présentes (l’endeuillé » pleure comme une fontaine ») mais le plus souvent elles manquent à l’appel. Quelle que soit la cause de cette absence (excès de larmes versées ayant fini par en tarir la source, ou mystérieux blocage faisant obstacle à leur écoulement), le sophrologue pourra proposer à son patient de vivre en séance une situation représentant un pas de côté par rapport à son deuil. Il l’incitera par exemple à visualiser une situation de perte vécue dans son passé (deuil ou absence d’un être cher, vol d’un objet important, oubli significatif), perte douloureuse qu’il a été capable de déplorer puis de surmonter à l’aide de stratégies personnelles. Ou alors il lui proposera de revivre un problème qui lui apparaissait à une certaine époque « gros comme une montagne » et qui s’est finalement résolu grâce aux nouvelles compétences qu’il a développées.


Résumons les principales conséquences thérapeutiques de l’approche phénoménologique des larmes, dans le cas des dépressions : pleurer favorise la suspension du jugement, le regard intérieur et la communication directe des émotions – importante mais difficile chez les déprimés.
Prendre conscience de ses propres larmes en train de couler accroît à la fois la sensorialité et le détachement, les deux étant nécessaires dans la lutte contre la dépression.


Les larmes témoignent d’un lâcher prise, c’est-à-dire d’une acceptation, qui est un soulagement en soi. Nées d’une émotion, elles remettent en mouvement les déprimés, qui sont souvent figés et précisément incapables d’exprimer leurs émotions. Les larmes des déprimés en présence du thérapeute sont avant tout une demande d’écoute. Pour qui les entend, les larmes parlent et font parler : celles des déprimés les inscrivent dans le monde de la communication d’où ils ont tendance à s’absenter. Parce qu’elles sont émises par l’être tout entier, les larmes réunifient le déprimé quand il se sent morcelé. Parce qu’elles sont reçues par l’être tout entier, elles interrogent le thérapeute sur ses propres larmes et lui demandent des efforts de lucidité.

Spiritualité des larmes


Pour Roland Barthes, les larmes sont le « liquide cordial ». J’aime beaucoup cette expression qui nous rappelle que les larmes sincères viennent du cœur et parlent au cœur, c’est-à-dire à l’âme. Dès lors comment s’étonner que les religions, qui portent un intérêt passionné à la vie de l’âme, y aient été sensibles ? Elles se sont interrogées sur le mystère de la source des larmes, se sont émues de l’humilité qui les accompagne et de leur appel à la consolation.


Nées du souci de la mort et des morts, les religions n’ont pas pu ignorer le rôle des larmes dans les processus de deuil : larmes spontanées ou ritualisées, individuelles ou collectives, adressées aux endeuillés, au défunt ou à Dieu. De la colère au désespoir, puis à la tristesse et à la résignation, tous les stades du deuil ont leurs larmes spécifiques, dans lesquelles ils s’incarnent tout en se dissolvant.
Partout dans le monde, les mythes, les écrits sacrés et les rituels religieux sont les dépositaires des plus anciennes interprétations des larmes, parmi lesquelles on peut distinguer deux grandes familles : les larmes manifesteraient d’une part le lâcher prise devant l’inéluctable, et d’autre part le pouvoir de transformer des situations figées. Elles seraient ainsi, paradoxalement, aussi bien passives qu’actives.

La tradition juive


Dans le judaïsme, les larmes sont très présentes tant dans la Bible que dans les commentaires talmudiques et les livres mystiques de la Kabbale. Larmes de compassion (Abraham pour son fils Isaac), d’imploration (Esaü demandant à son père de le bénir aussi), de réconciliation (Jacob et Esaü), d’émotion (Jacob rencontrant Rachel), de douleur (Rachel, pleurant ses fils exilés) ; larmes de Joseph se faisant reconnaître de ses frères. Larmes enfin des prophètes : Isaïe selon lequel, dans les temps messianiques « Dieu essuiera les larmes de tous les visages » (Is 25, 8) ; et surtout Jérémie, décrivant la souffrance de son peuple, à la suite de la destruction de Jérusalem et de l’exil à Babylone : « Mes yeux se répandent en torrent de larmes à cause de la catastrophe de mon peuple. » (Lm 3, 48-49) ou encore : « Mes yeux se consument dans les larmes » (Lm 2, 11). Pauvre Jérémie, il n’avait sans doute pas anticipé qu’il devrait sa gloire posthume à l’invention supposée des jérémiades…


Qohelet (l’Ecclésiaste), lui, ne fait pas état de ses propres larmes, mais constate qu’il est un temps pour chaque chose sous le Soleil, notamment un temps pour pleurer et un temps pour rire. Peut-être pouvons-nous voir dans cet aphorisme une invitation à vivre pleinement l’instant : si c’est le temps de pleurer, alors pleurons vraiment, même si par ailleurs « tout est vanité »…


Le judaïsme commente aussi les larmes au regard de la prière. En l’occurrence il s’agit moins de pointer le rôle éventuel des larmes dans la récitation de certaines prières, que de montrer en quoi elles constituent par elles-mêmes d’authentiques vecteurs de prière.


Le psalmiste interpelle Dieu en lui disant : « Tu écoutes la voix des larmes » (Ps 9, 6), donc : « Écoute ma prière Éternel, prête l’oreille à mon cri, ne reste pas muet devant mes larmes, car je suis un étranger chez toi. » (Ps 39, 13). Émouvante remarque émanant du roi David, qui pointe la fragilité inhérente au statut d’étranger… R. Juda commente ce psaume ainsi : « Les larmes de la prière et du repentir, celles qui expriment une supplique dans la détresse percent tous les firmaments et ouvrent les portails, pénètrent devant le Roi. » (Zohar). R. Eleazar dit que même si, depuis la destruction de Temple les « portes de la prière » sont fermées, les « portes des larmes », elles, restent ouvertes (Talmud Bavli).


R. Nahman de Bratslav ajoute que les prières en larmes sont non seulement entendues par Dieu mais purifient aussi le corps de tout ce qui le pollue et l’enténèbre. Enfin, R. Yaakov Yosef de Polennoye affirme que « la prière des larmes est celle qui enveloppe toutes les autres » par son pouvoir de réparation du monde. La réparation du monde, tikkoun olam en hébreu, est un concept majeur de la kabbale lourianique, selon laquelle Dieu, en créant le monde, s’est partiellement contracté en rayons de lumière, qui se sont dispersés en étincelles emprisonnées à l’intérieur de la matière créée.

C’est par la prière, et surtout par la contemplation rituelle des diverses émanations divines (sephirot), que ces étincelles seraient libérées de leur gangue de matière et fusionneraient avec l’essence divine, accomplissant ainsi la réparation du monde. Mais comment la prière des larmes, qui manifeste un manque individuel, pourrait-elle colmater des failles cosmiques ? Aussi paradoxale que soit cette idée, elle exprime une vérité profonde du fonctionnement humain, résumée par Jean-Louis Chrétien : « Les larmes […] forment la faille ou la blessure où nous devenons ouverts et disponibles à plus que nous ne pouvions. » Encore faut-il que les expériences traversées nous aient permis de quitter notre carapace de certitudes pour consentir profondément aux émotions qui traversent notre corps.


En lâchant prise, le déprimé qui parvient à pleurer a déjà fait un certain chemin spirituel : quelque chose de compact et figé s’est brisé en lui (je pense ici à la glaciation des affects évoquée par Pierre Fédida à propos de la dépression) et c’est à partir de cette brisure qu’il pourra se frayer un chemin hors de l’état dépressif.


Le judaïsme, décidément fort intéressé par toutes les larmes possibles et imaginables, a même émis l’idée audacieuse que Dieu lui-même pleure sur ses créatures. Pourquoi pleure-t-Il ? Dans le Talmud de Babylone, c’est quand Il se souvient des souffrances d’Israël en exil qu’Il verse des larmes dans la mer. (Berakhot 59a). Et par la bouche du prophète Jérémie, c’est sur les ignominies de son peuple qu’il pleure : « Et si vous n’écoutez pas, dans des lieux secrets mon âme pleurera à cause de l’arrogance et mes yeux seront inondés et se répandront en larmes, puisque le troupeau de l’Éternel aura été capturé.» (Jr 13, 17). Et il demande qu’on appelle les pleureuses pour « qu’en toute hâte elles entonnent des complaintes sur nous, pour que nos yeux ruissellent de larmes, que nos paupières fondent en eau » (Jr 9, 17).


Les sages du Talmud se sont longuement interrogés sur ces pleurs secrets de l’Éternel. Pour certains, c’est par discrétion que Dieu pleure en cachette, pour ne pas détruire la lueur d’espoir qui règne encore dans le monde (Hagiga 5b). Rachi, lui, y voit un appel à penser une impuissance de Dieu vis-à-vis de l’homme et à renoncer à l’idée d’un dieu consolateur. Enfin, une réponse issue du courant piétiste hassidique propose que ces lieux secrets se trouvent dans un repli profond de l’âme humaine, (le « point intérieur » du R. de Gur, in Chalier, Traité des larmes) qui deviendrait, par la grâce des larmes partagées, le lieu de rencontre privilégié entre l’humain et le divin.

Le christianisme


La dimension gracieuse des larmes sera particulièrement présente dans les reprises chrétiennes du « don des larmes », conçu comme don de Dieu autant que cadeau à Dieu en réponse à sa grâce. Les larmes versées dans une perspective spirituelle (qu’elles soient de regret, de repentir ou même de joie comme chez Pascal) ont donc une valeur ajoutée par rapport aux larmes de la « simple » dépression. Jésus lui-même a évoqué le « pouvoir purificateur des larmes » en réponse aux pleurs de repentir de la femme pécheresse (Luc 7, 49). D’ailleurs lui-même a pleuré, que ce soit sur la tombe de son ami Lazare (Jean 11, 35) ou sur le destin tragique de Jérusalem (Luc 19, 41). Par la suite, ce don des larmes sera abondamment sollicité et commenté par des figures mystiques telles que les saintes Catherine de Sienne (XIVème siècle) et Thérèse d’Avila (XVème siècle).


Catherine de Sienne relate tout son parcours spirituel dans ses Lettres, où les larmes occupent une place de choix en tant qu’outils pour comprendre les états de l’âme mystique unie à Dieu. Au début comme à la fin des Lettres, écrivant, dit-elle, au nom de la Vérité suprême, Catherine insiste sur la dimension affective des larmes : « Tu sais maintenant que toute larme procède du cœur, c’est le cœur qui donne les larmes aux yeux lorsque l’ardeur du désir les y fait naître. » Et elle s’interroge sur « la différence des larmes, ce qu’elles sont, d’où elles viennent et les fruits qu’elles produisent » pour les classer de façon hiérarchique : larmes imparfaites (de damnation, de crainte, de douceur) ; larmes parfaites (d’amour désintéressé) ; enfin larmes de feu « de ceux qui voudraient pleurer et ne le peuvent pas » […] Mais qui « ne sont pas moins efficaces que les larmes qui coulent des yeux ». Par elles, fait dire Catherine à la Vérité suprême, « l’âme persévère dans l’humilité, la prière et le désir de me goûter ». […] Et cette progression ne connaît pas de terme : « Vous n’êtes pas infinis dans votre douleur, mais vos larmes sont infinies par le désir infini de l’âme ».


Ce qui est passionnant dans la phénoménologie des larmes de Catherine de Sienne, outre qu’elle retrouve des éléments déjà présents dans le judaïsme (rapport des larmes au cœur, à l’humilité, à la prière), c’est son idée de l’infinité des larmes, héritée de l’infinité du désir de connaissance (libido sciendi). Autrement dit les larmes deviennent chez Catherine de Sienne un outil de connaissance à part entière.


Dans son Livre de la Vie, Thérèse d’Avila revient sur les larmes qu’elle a versées pendant ses vingt premières années de vie religieuse. Au début, dit-elle : « Mes larmes à moi me semblaient des larmes de femme, des larmes sans énergie, puisqu’elles ne m’obtenaient point ce que je désirais ». Que désire-t-elle donc ? Se convertir à l’amour divin et s’unir à Dieu de la manière la plus intime possible.
Pour y parvenir elle imitera d’abord la Madeleine, versant « un torrent de larmes » devant une statue du Christ couvert de plaies sanglantes, et surtout saint Augustin, dont le récit de conversion la laissera baignée de larmes. Mais contrairement aux larmes de sa jeunesse, ces larmes nouvelles sont éminemment positives : « Les larmes peuvent tout gagner », dira Thérèse d’Avila (Livre de la Vie, 19, 3), comme en écho aux larmes infinies de Catherine de Sienne. Tout gagner, c’est recevoir la grâce divine par tout son être y compris corporel ; et les larmes seront pour Thérèse d’Avila le premier signe corporel de la grâce qui atteint d’abord son visage avant de s’installer dans son corps tout entier.


L’Église d’Orient a établi sa propre typologie des larmes, qui distingue les larmes naturelles des surnaturelles, directement liées à la grâce. Saint Jean Climaque distingue également entre les larmes amères du chagrin et les larmes douces de la joie. Pour Grégoire de Naziance la prière continuelle produit des larmes, qu’il compare à un deuxième baptême régénérant l’âme comme la pluie régénère le sol. Ces larmes, que stimulent la volonté, l’introspection ou la réflexion sur les qualités divines, peuvent aussi surgir spontanément. Elles seront alors qualifiées soit de don spirituel des larmes, soit de mystère (Jean Climaque).


Il y aurait encore beaucoup à dire sur le rôle attribué aux larmes dans les autres traditions spirituelles. Je me limiterai ici à quelques exemples, qui donneront une idée de l’incroyable richesse des pensées et pratiques religieuses des larmes. Parmi les traditions musulmanes, le soufisme classique donne cinq raisons possibles pour l’âme de pleurer : le regret, la peur, la joie, la brûlure (de séparation d’avec l’être aimé), enfin la reconnaissance de la vérité. Il note que l’âme peut pleurer vers Dieu, mais aussi à partir de Dieu (on n’est pas loin ici de la tradition juive des larmes de Dieu). Et ces larmes ont également une la vertu purificatrice.


De nombreuses traditions insistent sur les larmes prescrites dans des contextes divers : nuptial, sacrificiel, ou funéraire. On trouve ces pleurs rituels collectifs déjà dans la Bible puis dans l’islam chiite (avec les pleureuses requises lors des enterrements), mais aussi dans la Grèce, le Japon et le Mexique anciens ainsi que chez les Yorubas du Nigéria. Le bouddhisme, lui, insiste plutôt sur les larmes de compassion, qui sont versées individuellement. Une tradition de la Grèce ancienne fait état d’un « lac de la mémoire », où boivent les morts et qu’alimentent les larmes des vivants endeuillés. Et en Chine existe une croyance selon laquelle les larmes des endeuillés consolent aussi les défunts. Enfin je voudrais vous faire part d’une tradition relative au deuil dans l’ancien Mexique : quand un guerrier mourait, ses parents jeûnaient pendant 80 jours sans se laver le visage. La saleté s’incrustait dans les traces de larmes et créait un masque concret de pleurs. À la fin du deuil, ces masques de larmes étaient essuyés, enveloppés de papier et enterrés dans un lieu spécifique comme on avait enterré le défunt, lors de la cérémonie dite de « vestiges des larmes ».


Finalement, qu’elles soient positives ou négatives, les larmes sont des médiatrices par excellence : entre humains, entre l’homme et la transcendance (Dieu unique des monothéismes, dieu d’un panthéon, âme d’un ancêtre), entre les vivants et les morts. Dans la communication humaine, les larmes pallient souvent l’impossibilité de dire. Dans le cheminement spirituel, elles en appellent à la pitié divine ou à la protection ancestrale. Dans le deuil, les larmes des endeuillés s’adressent aussi aux défunts, auxquels elles disent qu’ils ne sont pas oubliés.


Messagères de la communication tous azimuts, les larmes accompagnent ainsi presque toujours la réconciliation et le pardon, à l’égard d’autrui comme de soi-même. Ne sont-elles pas en ce sens un cadeau pour les sophrologues et thérapeutes qui auront réussi à les apprivoiser ? Un cadeau précieux car :


« Si les larmes servaient de remède au malheur Et le pleurer pouvait la tristesse arrester,
On devrait, Seigneur mien, les larmes acheter. Et ne se trouverait rien si cher que le pleur. » (Du Bellay, Les Regrets)

Ouverture

Man Ray, Larmes de verre (1932)

En guise de conclusion, jetons un regard sur des larmes un peu particulières : celles qu’a créées puis photographiées l’artiste Man Ray, en réponse à une commande publicitaire pour le mascara Cosmécil d’Arlette Bernard. Dans cette photographie surréaliste intitulée Larmes de verre, cinq perles de glycérine brillent aux coins des yeux et du nez d’une jeune femme : larmes superficielles, figées dans leur perfection intemporelle. Ces larmes surréelles sont sans pourquoi. Elles ne voilent pas le regard, ne coulent ni ne tombent, ne déplorent rien, n’appellent personne. Mais paradoxalement, ces fausses larmes suspendues à leur absence de destin me touchent davantage que certaines larmes versées. Comme si chacune partageait avec moi, dans sa singularité, l’instant d’éternité qu’elle incarne.

Références
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Roland Barthes, « Éloge des larmes », Fragments d’un discours amoureux (Seuil, 1977).
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Abraham Cowley (1618-1667), Odes pindariques (imprimées à Londres en 1668, 1700 et 1802).
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Jacques Derrida, Mémoires d’aveugle (RMN, 1999).
Catherine de Sienne, Lettres, vol.1 (Téqui, 1977) ; vol. 2 (Cerf, 2010).
Andrew Marvell, Eyes and tears. Complete poems (Penguin Classics, paperback, 1977).
R. Nahman de Bratslav, Likoutey moharan (Association Étincelles, Marseille).
William Golding, Trilogie maritime, (Gallimard, 2002).
Kimberly Christine Patton, John Stratton Hawley, éds., Holy Tears. Weeping in the Religious Imagination (Princeton & Oxford, Princeton University Press, 2004).
Jean-Bertrand Pontalis, « Larmes, sanglots », dans Fenêtres (Gallimard, 2000).
Nelly Sachs, Brasier d’énigmes et autres poèmes. Tr. L. Richard, (Denoël, 1990).
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Thérèse d’Avila, Livre de la Vie (Téqui, 1999).
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Zohar, « Le livre de Ruth », « Midrach ha-néélam » (Midrach caché), traduit, annoté et introduit par C. Mopsik, (Lagrasse, Verdier, 1987).

A propos de l’autrice:

Ph. D. en génétique moléculaire (The Weizmann Institute of Science, Rehovot) ; productrice à France Culture et journaliste scientifique à la Radio Suisse Romande jusqu’en 2009 ; thérapeute (sophrologie) ; rédactrice en chef de la revue Mikhtav Hadash jusqu’en 2019 ; Ruth Scheps est également membre du comité de rédaction de la revue en ligne Arts et Sciences (www.openscience.fr).

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