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Ki Tavo: les fruits de la gratitude

Dracha prononcée par Raphaëlle Perruchas à l'occasion de sa Bat Mitsva le 17 septembre 2022

La paracha Ki Tavo 5782 par Raphaëlle Perruchas à l’occasion de sa Bat Mitsva

J’ai quatorze ans, et des poussières, je suis une ado normale : je n’aime pas trop parler de moi.

J’ai décidé de faire ma bat mitsva parce que c’était évident. 

Et aussi filer un coup de main à mon Papi perdu dans ses haggadot.

Et un peu pour embêter mon père qui n’est pas juif. 

Dans la vie, à part un accident de catamaran, je n’ai pas à me plaindre. 

J’ai une famille aimante, ma mère, mon père, même mon frère, c’est l’amour.

Un chat un peu particulier.

Bref, j’ai 14 ans, je ne sais encore pas ce que je deviendrai. 

Ce que je sais en revanche c’est que j’ai envie d’être une personne grande, pas seulement une grande personne.

Une personne grande pour moi c’est une personne qui sait qu’elle n’est pas seule, qui sait qu’elle doit beaucoup aux autres et qui, quoi qu’il arrive, ne les oublie pas.

C’est le sens de notre paracha : 

« Tu prendras des prémices de tout fruit de la terre que tu apporteras de ton pays…, tu les mettras dans une corbeille, tu iras vers l’endroit que choisira l’Éternel ton Dieu … ».

Moïse prescrit aux enfants d’Israël, une fois rentrés en Terre Promise, d’apporter les prémices de leurs récoltes une fois par an au Temple.

Celui qui possédait un champ où poussaient des fruits des sept espèces, dès qu’il voyait les premiers fruits qui commençaient à mûrir, attachait un morceau d’osier sur la queue du fruit, et disait : 

Haré, élou bikourim « Voici, ce sont les prémices ». 

Et quand ils étaient mûrs, il les apportait au Temple et les donnait aux cohanim. (Bikourim 3, 1).

Imaginez-vous la situation : on plante un grenadier, d’abord on choisit le bon endroit, on s’assure qu’il soit à l’abri du vent, on l’arrose, on remue la terre, on voit apparaitre les fleurs, et au moment où les fruits apparaissent, après avoir attendu si longtemps, vous n’en profitez pas, NON !  Vous ne le mangez pas, vous le donnez.

Rendre à la communauté, à ceux qui vous ont aidé, entouré, à devenir ce que vous êtes.

C’est ça, donner ses premiers fruits.

C’est un peu rude quand même . 

Non ?

On travaille dur et paf, un prélèvement à la source sur votre premier salaire.

Je n’étais pas bien sûre d’être d’accord avec ça.

Et puis, j’ai réfléchi, ça m’arrive oui, à tout ce que j’avais coûté.

Je parle par exemple des couches, du lait, des habits, la nourriture (c’est un poste important dans mon éducation), les cinémas, bref, j’ai commencé à additionner, je vous épargne la somme, c’est indécent.

Et je ne parle que de choses matérielles, je pourrais aussi faire la liste de tout ce que j’ai couté autrement:  les nuits sans sommeil (je pleurais beaucoup la nuit, oui), les heures passées à s’arracher les cheveux pour me faire comprendre des trucs en maths, les passages aux urgences … 

Enfin l’énergie que ça demande une adolescente, qui rigole et qui pleure dans la même phrase. 

J’ai posé mon stylo, j’ai regardé le mur et je me suis dit: au final c’est bien les premiers fruits: deux grenades et trois figues pour quatorze ans, je m’en sors bien. 

Apporter ces fruits c’est un signe de gratitude et d’humilité. Tout ne dépend pas de moi, je ne m’attribue pas tous les mérites, ces fruits ne sont pas simplement une prouesse humaine, et la récolte n’est pas seulement l’accomplissement d’une personne. 

Ces fruits on les partage « et avec toi se réjouiront le Lévite et l’étranger qui est dans ton pays »… c’est une invitation à la générosité, on prend le temps, on n’est peut pas être indifférents aux autres. 

Un moyen peut être d’accueillir l’autre, de ne pas être egocentrique, d’inclure les plus vulnérables

Plus fou encore, la Michna nous raconte le cérémonial du voyage jusqu’à Jérusalem, avec des étapes et des célébrations diverses, jusqu’à l’arrivée au Temple. 

Là on devait réciter un texte pour accompagner l’offrande. 

« Et tu diras à haute voix devant l’Éternel, ton Dieu :  Enfant d’Aram, mon père était errant, il descendit en Égypte, y vécut étranger… »  (Deut. 26: 5-9).

Ce texte résume l’histoire d’Israël, il nous fait remonter dans l’histoire de Jacob et Lavan, de l’esclavage et de la sortie d’Égypte jusqu’à l’entrée en Erèts Canaan. Ce passage est repris dans la Haggada de Pessah…  

Voilà le cérémonial pour pouvoir manger les fruits de nos jardins ! 

Et ce, tous les ans…

On ne se contente pas de donner les prémices, on raconte une histoire, notre histoire. On dit

Parce que dire c’est aussi transmettre.

Alors je le dis :

Merci à tous ceux qui ont fait celle que je suis et que je vais continuer à devenir.

Merci maman, papa, Joseph, merci Nice et la Bretagne, merci pour mes différences et mes richesses, merci à mes tantes et mes oncles, à mes cousins et cousines, à mes copines merci à Gabrielle pour la rencontre avec Gabriela qui me pousse à me dépasser. Merci à ce que j’oublie, je sais que je vous dois beaucoup ! 

Pour vous remercier tous, je veux bien vous préparer une petite corbeille avec dedans des fruits, des figues des grenades et même un citron. 

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