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Bechalakh: faire surgir la vie au milieu des épreuves

Dracha prononcée par Golda-Lou à l'occasion de sa Bat Mitsva le 29 Janvier 2026

Par Golda-Lou

Dans la paracha Béchalaḥ, les Israélites quittent enfin l’esclavage d’Égypte grâce au passage miraculeux de la mer Rouge. Leur captivité prend fin avec le Chant de la Mer, où tout le peuple célèbre sa libération.

C’est la première fois qu’Israël existe comme un peuple libre, sans Pharaon ni chaînes.
C’est un moment décisif : le début d’un nouveau chemin vers le désert.

La première question essentielle que l’on peut se poser est la suivante :
De quoi une personne a-t-elle le plus besoin dans le désert ?
Bien sûr, de personnes pour s’entraider.
De nourriture pour survivre.
Mais surtout, d’eau. Sans eau, il est impossible de survivre dans des conditions aussi difficiles.

C’est précisément autour de cette question que, au cœur de la paracha Béchalaḥ, apparaît une histoire courte et énigmatique qui a particulièrement attiré mon attention : l’histoire des eaux de Mara.

Comme l’écrit la Torah :
« Ils se rendirent dans le désert de Chour ; ils y marchèrent trois jours sans trouver d’eau. Ils arrivèrent à Mara, mais ils ne purent boire l’eau de Mara car elle était amère ; c’est pourquoi on l’appela Mara » (Exode 15 :22).

Israël croit avancer vers la liberté… mais se retrouve face à un danger inattendu. Trois jours sans eau est une période très significative.

On peut facilement imaginer la scène : un peuple désespéré et épuisé par la soif aperçoit de l’eau au loin après trois jours de sécheresse. Tous courent vers elle… et découvrent qu’elle est amère. Quelle déception ! L’eau est impropre à la consommation et ne peut pas les sauver.

Alors le peuple murmura contre Moïse et dit :
« Que boirons-nous ? » (15 :24)
C’est surprenant ! Ont-ils déjà oublié le miracle le plus colossal vécu quelques versets plus tôt ? La mer s’est ouverte devant eux, ils ont traversé à pied sec… et maintenant, l’eau devient un motif de plainte.

Et ce qui rend ce moment encore plus fort, c’est qu’il arrive juste après le chant de Myriam.
Le nom de Myriam est associé à l’adjectif mar, « amer », et elle est liée à l’eau depuis le tout début. Elle veille sur son frère Moïse au bord du Nil, fait chanter toutes les femmes après que la mer s’est ouverte, et le Midrach raconte qu’un puits la suivait dans le désert, donnant de l’eau au peuple à chaque étape. Partout où elle passait, elle apportait la vie.

On passe ainsi du chant de Myriam à Mara, de l’eau qui sauve à l’eau qui ne peut pas être bue.

Alors Dieu lui montra un morceau de bois ; Moïse le jeta dans l’eau, et celle-ci devint douce. « Là, une règle fut établie pour eux ; là, ils furent mis à l’épreuve » (v. 25).

À première vue, la phrase qui conclut cet épisode est étrange : quelle est exactement l’“épreuve” que les enfants d’Israël ont traversée à Mara ?
La Torah explique que Dieu les place dans cette situation comme un test, un moment pour grandir. Elle utilise le mot נִסָּהוּ, qui signifie « Il les mit à l’épreuve ».

Mais quelle est cette épreuve ?
Peut-être s’agit-il de faire confiance à Dieu et avancer malgré l’incertitude.
Pour moi, ce passage est une première leçon sur le lien avec Dieu : ils doivent se fier à Lui, mais aussi à eux-mêmes, et progresser malgré les difficultés.

Le Midrach Chemot Rabba explique qu’au début de leur voyage, le peuple d’Israël ne fait pas encore pleinement confiance à Dieu. Habitués à l’esclavage, quelqu’un d’autre décidait toujours à leur place. Maintenant, confrontés à la liberté, ils doivent apprendre à se fier à eux-mêmes et à Dieu. C’est le début d’une nouvelle étape.

Et comment les eaux deviennent-elles douces ?

Moïse jette un morceau de bois dans les eaux amères, et celles-ci deviennent douces. Rachi explique que ce bois fait référence à la Torah, appelée Etz Haïm, l’Arbre de vie. Rabbi Chim‘on bar Yoḥaï commente :
« C’est une parole de la Torah qu’Il lui montra, comme il est dit : “L’Éternel lui montra un arbre”, et ailleurs : “Elle est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent.” »

La Torah transforme l’amertume en douceur, nous apprend à avoir confiance dans la vie, et nous guide pas à pas sur le chemin de la liberté. L’épisode de Mara est ainsi une introduction au Don de la Torah.

Tout comme Dieu a transformé l’eau amère de Mara en eau douce, je me suis demandé : dans nos vies, quelles situations pourraient, elles aussi, devenir meilleures si nous y mettions un peu de sagesse… et un peu de confiance ?

Pour le voir, je voudrais vous raconter une histoire de Rabbi Akiva. Lui aussi échappa de justesse à la mort, mais d’une manière très différente. Il voyageait de nuit… seul. Le soleil était couché, les routes étaient dangereuses, et il dut se réfugier dans la forêt. Il avait avec lui une bougie, un coq… et un âne.

Mais rien ne se passa comme prévu. La bougie s’éteignit à cause du vent, le coq fut dévoré par une bête sauvage, et l’âne disparut. Chaque coup du sort aurait pu sembler désastreux… mais Rabbi Akiva répétait calmement :
« Tout ce que fait Dieu est pour le bien. »

Le lendemain matin, il arriva à destination et apprit qu’une bande de brigands avait attaqué la ville pendant la nuit. S’il avait eu de la lumière… si le coq avait chanté… si l’âne avait brait… il aurait été repéré et sa vie aurait été en danger. Tout ce qui semblait une série de pertes s’est révélé être sa protection.

Ainsi, il est possible de voir le bien même dans les épreuves, ou du moins… de croire qu’il existe, même si nous ne le comprenons pas encore.

Je me suis alors demandé comment moi aussi, dans ma vie, je peux refuser l’amertume. Peut-être que le miracle de Mara n’est pas seulement un événement ancien : il peut m’inspirer à transformer ce qui est difficile en quelque chose de nourrissant, vital et doux.

Et ce lien, je le retrouve dans Myriam. Son nom reflète l’amertume, mais on peut aussi le lire comme une combinaison de mar (« amer ») et yam (« mer »). Myriam incarne à la fois les difficultés qu’elle a traversées et sa relation profonde à l’eau, à la vie. Elle nous rappelle que, même au cœur de l’amertume, il existe une source qui soutient, nourrit et donne vie.

Comme les Israélites dans le désert, je veux, moi aussi, marcher sur le chemin de la liberté : faire des choix, écouter, comprendre, et transformer chaque défi en une occasion de grandir, chaque difficulté en une chance d’agir avec confiance et justice.

À l’image de Myriam et du miracle de Mara, je voudrais pouvoir transformer l’amertume en douceur et faire surgir la vie, même au milieu des épreuves.

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