Par Charles
Bonjour à tous,
Voilà, nous sommes au moment que vous attendez tous: le fameux discours du Bar Mitsva!
J’ai beaucoup travaillé pour préparer ce discours en réfléchissant bien aux mots que j’allais utiliser. Parce qu’en étudiant ma paracha, j’ai appris que dans le judaïsme, les paroles sont extrêmement importantes!
Ça met un peu la pression d’ailleurs, on se dit qu’il faut faire attention à ne pas dire un mot de trop ou de travers… je vais faire de mon mieux 🙂
La paracha Mattot-Masei s’ouvre sur un discours de Moïse adressé aux tribus d’Israël. Il commence par leur donner les lois sur un sujet particulier: l’annulation des vœux. Ça peut nous paraître assez étrange d’avoir des lois pour les vœux ou de prendre les vœux tellement au sérieux. Pour nous, les vœux c’est plutôt quelque chose de banal comme par exemple les “voeux de fin d’année” ou quand on nous demande de “faire un vœu” en soufflant nos bougies d’anniversaire.
Il est évident qu’ici c’est un sujet beaucoup plus sérieux.
J’ai donc voulu essayer de comprendre.
D’abord, on constate que tout un traité dans le Talmud est consacré aux voeux, en hébreu “Nédarim”!
Les “nédarim” sont une sorte de voeux particulier, des voeux qu’on fait volontairement, c’est-à-dire des contraintes qu’on se rajoute en plus des obligations liées aux commandements, les mitsvot. Sachant qu’il y a déjà 613 mitsvot, on peut se demander pourquoi quelqu’un pourrait avoir envie de s’ajouter des contraintes supplémentaires! 🙂
Et pourtant, si ça n’était pas courant, j’imagine que les rabbins n’y auraient pas consacré autant de temps.
Une autre caractéristique importante du néder, c’est qu’il se fait par la parole. Le fait de s’engager à voix haute à faire quelque chose est en fait comme si on avait signé une sorte de contrat invisible.
Certains commentaires insistent sur le fait qu’un voeu qui n’a pas été respecté peut avoir des conséquences très graves. Il pourrait même entraîner la mort. (Ben Yehoyada sur Chabbat 32b:1-2)
C’est une vision extrême et elle est loin de faire l’unanimité entre les sages des la Torah, mais elle m’intéresse parque qu’elle souligne bien à quel point c’est un sujet pris au sérieux. On pourrait dire que, dans le judaïsme, on fait tout pour ne pas, comme on dit en français “dire des paroles en l’air”.
Mais en réalité, ça va même beaucoup plus loin que ça, car le judaïsme nous apprend que le monde lui-même est créé par la parole. Ce sont les “dix paroles de la création” comme il écrit dans les Maximes des pères:
“Le monde a été créé en dix paroles. Mais que cela enseigne-t-il ? Une [seule] parole n’aurait-elle pas suffi ? [Non], c’est afin de sévir contre les pervers qui détruisent le monde créé en dix paroles, et de récompenser les justes qui édifient le monde créé en dix paroles.” (Pirké Avot 5)
Le récit de la création dans la Genèse insiste là-dessus en répétant pour chaque élément “Dieu dit….” par exemple “Dieu dit que la lumière soit et la lumière fut”.
La puissance de la parole divine est donc totale puisque tout vient d’elle!
Mais la parole humaine a aussi un grand pouvoir, et c’est pour ça que dans le judaïsme, elle est encadrée par des règles strictes.
En plus des lois sur les voeux, il y a de nombreuses mises en garde contre ce qu’on appelle le “lachone hara” לשון הרע littéralement la “langue mauvaise” c’est-à-dire qu’il est interdit de dire du mal des autres à tort ou à travers, de colporter des rumeurs etc. car cela peut avoir des conséquences beaucoup plus graves qu’on imagine.
Une histoire connue du Talmud illustre cette idée, celle de “Bar Kamtsa” qui raconte comment une simple dispute entre deux rabbins a conduit à la destruction de tout le royaume…
Dans le monde d’aujourd’hui, nous avons des exemples concrets qui nous font réfléchir aux dangers du lachone hara, en particulier avec Internet ou il arrive que des vies entières soient détruites à cause par exemple du harcèlement en ligne. Un mot qui n’a pas l’air de grand chose se rajoute à des milliers d’autres et ça devient très grave pour la personne qui se fait harceler. Sur les réseaux sociaux, parfois les gens ne se rendent pas compte du pouvoir de la parole. Ils se permettent des choses qu’ils n’oseraient jamais dans la vraie vie, ils se sentent un peu protégés par l’écran. Et peut être qu’ils ont l’impression que c’est moins grave parce que c’est virtuel…
On voit donc que la Torah, qui est un texte si ancien, continue pourtant de nous donner des enseignements qui sont utiles pour nous en 2026. Certains de ces enseignements ne perdent pas de leur force au contraire, deviennent plus précieux encore avec la réalité du monde moderne.
J’ai appris une dernière chose importante à propos des “nédarim”: c’est à partir de l’âge de la Bar Mitsva qu’ils deviennent valides. (Michna Niddah 5:6) Je trouve que ça donne encore plus d’importance à ce moment: ça veut dire que c’est à partir d’aujourd’hui que ma parole compte vraiment!
Pour finir, j’aimerais revenir au début de ma paracha. J’ai remarqué que Moïse ne s’adresse pas à tout le peuple mais aux “chefs” des tribus. (Nombres 30,2) Est ce que cela veut dire que les lois sur les vœux sont des commandements particulièrement importants pour eux?
Quand on y réfléchis, c’est logique en fait, car plus on est important, plus on a de responsabilités, plus nos paroles peuvent avoir un impact et plus il faut prendre au sérieux cette responsabilité.
Ca m’a fait pensé à des personnes de ma famille, en particulier mes deux tatas qui sont chefs d’entreprise. Je les considère un peu comme des modèles à suivre.
Même si moi je ne me destine pas vraiment à une carrière de chef d’entreprise ou politique ou quelque chose comme ça, qui sait, quand j’aurais déjà eu mon ballon d’or et que devrais prendre ma retraite de footballer professionnel, il faudra peut être que je prenne la direction d’un club pour ma retraite et alors à ce moment là j’espère que je n’aurais pas oublié l’importance de la parole pour les leaders.
D’ailleurs, petite parenthèse mais vous avez sans doute remarqué que nous les juifs on est peut être les meilleurs dans plein de domaines mais dans le foot c’est pas encore ça, je compte bien changer les choses!
Pour le moment, à mon niveau, être Bar Mitsva, c’est déjà une responsabilité plus grande qu’avant.
En français, c’est un compliment très fort quand on dit que quelqu’un est un “homme de parole”, ça signifie qu’il est fiable, qu’on peut compter sur lui. Alors, plus tard, j’espère que, comme nous le demande la Torah, je serai un homme dont la parole compte mais surtout, sur qui on peut compter.
Retrouvez ici le commentaire du rabbin Josh Weiner sur la paracha Matot-Massei 5786