Synagogue Massorti Paris XVe

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Le mouvement Massorti est-il plutôt orthodoxe ou plutôt liberal ?

Un rejet total de la question! Par le rabbin Josh Weiner

Article publié sur le site YomYom.fr 

Sur la question de la catégorisation du judaïsme Massorti, veuillez me pardonner de rejeter la question et de répondre à une autre à la place, comme le font souvent les rabbins ! Pour moi, les étiquettes comptent moins que l’authenticité, et je suis assez convaincu que je vis une continuation authentique de la tradition juive. Le judaïsme Massorti est le cadre qui me semble le plus favorable à cette relation d’engagement émotionnel et d’intégrité intellectuelle entre moi-même, Dieu et la tradition juive. Si une synagogue Massorti semble aujourd’hui esthétiquement différente de la façon dont nous imaginons une communauté juive il y a 50, 500 ou 1000 ans, c’est parce que le judaïsme est dynamique et a toujours adapté ses caractéristiques extérieures pour répondre au monde dans lequel il se trouve, et que ce changement est lui aussi authentique.

Massorti n’est ni une secte ni une idéologie rigide, mais une approche de la vie juive. Orthodoxe, massorti, libéral… toutes ces étiquettes sont un phénomène assez récent (et ashkénaze), et chacune est à la fois une réaction aux autres et influencée par elles. J’admire les juifs libéraux pour leur attachement inconditionnel à l’autonomie personnelle, et les juifs orthodoxes pour leur soumission fidèle à la loi. Les étiquettes ne sont pas toujours particulièrement utiles : les gens sont complexes et contradictoires, et je peux trouver des personnes ayant la même approche spirituelle et intellectuelle que moi dans différentes synagogues ; les gens ont également tendance à s’identifier pour toutes sortes de raisons qui n’ont rien à voir avec l’idéologie. Mais il est important de voir que toutes ces «dénominations », même et surtout l’ultra-orthodoxie, sont des phénomènes modernes.

Sociologiquement, il est vrai que beaucoup de Juifs qui s’identifient comme Massorti ne sont pas totalement pratiquants des commandements, mais c’est une marque de notre époque plutôt qu’une caractéristique du système. Depuis que je suis en France, je n’ai pas constaté de grande différence dans l’observance du chabbat ou dans le comportement moral entre les membres des communautés orthodoxe, Habad, libérale et Massorti. Les principales différences semblent être la forme de la kippa du rabbin, le sujet de son discours, la tolérance de la communauté et la distance à laquelle les gens garent leur voiture par rapport à la synagogue.

Je voudrais revenir sur ce que j’ai dit à propos de l’authenticité. Tout le monde ne pense-t-il pas posséder la vérité et que tous les autres se trompent ? Comment une communauté peut-elle accepter une participation égale des hommes et des femmes et prétendre poursuivre une tradition patriarcale ? Mais c’est ainsi. Je souscris à l’idée d’approcher la vérité par l’étude – non seulement de la Torah et des textes rabbiniques, mais aussi de l’histoire, de l’archéologie, de la philosophie, de la physique et de tout ce qui me rapproche de la vérité divine. Lorsque j’étudie l’évolution historique du judaïsme, dans et en dehors du Talmud, je vois comment les anciens rabbins ont adapté le rituel juif à la vie après le Temple, à l’évolution des attitudes de la société à l’égard de l’esclavage et de la polygamie, à l’évolution du statut socio-économique des juifs, aux différentes relations avec les voisins non juifs.

Quand je pense au courage intellectuel et à la flexibilité de ces rabbins, je ne les reconnais pas du tout dans l’orthodoxie d’aujourd’hui. Je ne peux pas imaginer des géants comme Rabbi Yohanan ben Zakkaï ou Rabbi Meïr, Maïmonide ou Abraham ibn Ezra, le Baal Shem Tov ou Rebbe Nahman vouloir faire partie du Consistoire de Paris ou s’intéresser aux petits débats des ultra-orthodoxes israéliens d’aujourd’hui. (Et je ne sais pas s’ils riraient ou pleureraient devant les inventions absurdes de l’industrie de la cacherout d’aujourd’hui !) Je ne suis pas en train de suggérer que les rabbins Massorti d’aujourd’hui sont l’équivalent de l’un ou l’autre de ces sages que j’ai nommés. Mais si je regarde autour de moi aujourd’hui et que je me demande où sont les penseurs juifs courageux qui s’engagent dans ce que Hachem exige de nous dans le monde, sans craindre où leurs recherches les mèneront, et qui suivent la Tora de leur cœur en distinguant le bien du mal – j’ai le sentiment que beaucoup d’entre eux se trouvent dans le monde Massorti, et c’est donc là que je veux m’aligner moi aussi.

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