Souccot 5778

Dracha prononcée par Dominique Lejoyeux le 6 octobre 2017

Hag sameah, un grand merci à vous tous du fond du coeur pour le soutien sans faille que tous vous m’avez apporté tout au long de cette épreuve que je traverse en ce moment. Celle ci est loin d’être terminée mais grâce à vous tous j’ai pu accomplir une grande partie du chemin.


“Tu célébreras la Fête de souccot durant 7 jours, quand tu rentreras les produits de ton aire et de ton pressoir, et tu te réjouiras pendant la Fête et, avec toi, ton fils et ta fille, ton serviteur et ta servante, et le Lévite, l’étranger, l’oprhelin, la veuve qui seront dans tes murs. Tu fêteras ces sept jours en l’honneur de l’Eternel ton Dieu et tu pourras t’abandonner à la joie” deut 16,13-15


A travers ces deux versets, nous apprenons donc d’emblée 3 choses:
1) Souccot, comme Pessah est marqué par le chiffre7, la fête dure 7 jours, mais quelques spécificités particulières ornent cette fête : 7 Hotes célestes viennent à tour de rôle dans la soucca , nous tenons dans les mains 7 plantes
3 myrtes qui correspondent aux 3 Patriarches, 2 saules qui correspondent à Moise et Aaron, 1 branche de palmier qui correspond à Joseph et l’Etrog qui correspond au Roi David ( traité soucca 34.b), le chiffre 7 se retrouve également dans l’agitation du loulav, le priant se tient au centre et il agite le loulav dans 6 directions. Selon le cha’ar ha kavanot le côte sud est associé à l’attribut de bonté, le côté nord à la Force, l’Est à la splendeur, le Haut à l’eternité, le bas à la gloire, et l’ouest au fondement 2) à Souccot Nous devons nous réjouir: l’obligation de se réjouir est répétée 3 fois dans la Torah” tu te réjouiras à ta fete” tu seras exclusivement joyeux”vous vous réjouirez sept jours devant l’Eternel”.pourquoi l’obligation de se réjouir n’est elle pas explicitement mentionnée à propos de Pessah, et n’ est elle évoquéee que une seule fois au sujet de chavouot? Pourquoi ce statut si particulier concernant la fête de souccot ? Trois explications à cette triple injonction


a) A Pessah, meme si nos ancêtres ont été libérés de l’esclavage, il leur manquait encore à la fois la joie matérielle, ils n’avait pas reçu la terre d’Israël, et la joie spiriuelle, ils n’avaient pas reçu la Torah. A chavouot, ils éprouvèrent une joie spirituelle en recevant la Torah, mais n’avaient toujours pas la joie matérielle d’être entré en Erets Israël. A Souccot, les trois joies sont réunies.

b) D’après la michna roch ha chana16a on peut dire qu’il y a quatre périodes de l’année où le monde est jugé: Pessah, pour la récolte, Chavouot pour les fruits de l’arbre, Roch ha chana pour la vie de l’homme, souccot pour la pluie. A Pessah tous les jours de jugement sont encore devant nous, c’est pourquoi la joie n’est pas explicitement mentionnée. A chavouot nous avons passé le jugement de Pessah, la joie est mentionnée une fois, à souccot les trois jugements sont derrière nous, la Torah mentionne la joie trois fois.
Les trois fêtes constituent un cycle où la joie augmente au fur et à mesure que les jugements sont passés.


c) Les tossafistes proposent une variante. A pessah la joie est absente du texte car aucune récolte n’a encore été réalisée. A chavouot la torah mentionne une fois la joie car la récolte de blé et d’orge a été effectuéee. A souccot toutes les récoltes ont été opéréés et le pardon de Kippour a été octroyé. La joie peut donc se manifester, car elle ne s’empare des hommes que lorsqu’ils sont assurés de pouvoir manger à leur faim.


3) nous ne devons pas nous réjouir seuls
La joie est donc une prescription, une injonction biblique, mais quelle est la nature de cette joie et celle ci peut elle encore s’exprimer ?
En effet, les Fêtes de pélerinage sont des “rencontres”, ici une triple rencontre : la rencontre avec Dieu, la rencontre avec soi et les autres, la rencontre avec la nature .
L’injonction du bouquet de souccot confronte l’homme à la nature pour le mener sur la route de l’histoire d’Israel, c’est à dire vers le passé, pour lui indiquer la manière de vivre au présent et pour le faire réfléchir sur le monde futur, sur l’avenir.
La rencontre avec Dieu : La joie ne se réalise que lorsque cette rencontre peut aboutir mais comment peut elle aboutir alors que la notion même de Fêtes de pélerinage n’existe plus depuis que le Temple est détruit et qu’il constituait la source de toutes les réjouissances. D’après Maïmonide la joie dont il est question dans ce verset renvoie à la consommation du sacrifice rémunératoire désigné par la Michna de “rémunératoire de la joie. “
Nos Maîtres ont appelé souccot “ le temps de notre joie”. A l’époque du Temple on organisait pendant cette fête de plus grandes réjouissances qu’aux deux autres fêtes de pélerinage Une michna décrit dans le détail le déroulement de ces réjouissances parmi lesquelles la “simhat beit ha choeva” littéralement la joie de la maison de puisage car
l’on puisait de l’eau pour des libations spéciales sur l’autel, mais aussi parce que les assistants y puisaient également l’inspiration divine comme Jonas qui reçut sa prophétie à ce moment là. D’après certains commentateurs la Torah a choisi le nom de “fête de souccot” plutot que “fete des quatre espèces” car le mot soucca désigne aussi une vision prophétique.
Au moment où l’on puise l’eau pour les libations d’après le zohar les eaux d’en bas qui le 2ème jour de la création ont été séparéees des eaux d’en Haut, se réjouissent car elles aussi vont être emmenées au mont du Temple et se retrouver devant le Saint Béni soit-il. Elles sont puiséees dans la joie au son des trompettes, au milieu des chants et des danses.
Le talmud chabbat 30b en déduit que la présence divine ne peut résider que dans la joie. En effet, grâce à ces réjouissances l’homme s’élève lui aussi.
Cette dimension de servir dans la joie est d’une extrème importance puisque nous lisons dans les malédictions de Ki Tavo devarim 28,45-47 “ toutes ces maledictions te poursuivront et t’atteindront... parce que tu n’auras pas servi l’Eternel ton Dieu dans la joie et le coeur content “.
La rencontre avec soi et les autres: l’accomplissement du commandement de la joie réalisé non pour soi seul, mais entouré de ses proches, de ses esclaves, de l’étranger n’est possible que lorsque l’Homme manifeste une préoccupation du bonheur pour autrui. L’Autre doit aussi pouvoir se réjouir, ce qui veut dire que j’ai pourvu à ses besoins élémentaires.
Rachi sur ce verset cite un commentaire tiré du midrach Aggada “ Dieu proclame: quatre m’appartiennent le Lévite, le prosélyte, l’orphelin, la veuve, quatre sont à toi, ton fils,ta fille, ton serviteur, ta servante. Si tu réjouis les Miens, je réjouirai les tiens”; Réjouir un homme c’est placer le monde sur l’orbite de la joie.
Pour Maïmonide, lors d’un jour de Fête, la journée de yom tov doit se composer d’une dimension spirituelle intense ainsi que que d’une dimension festive (boire et manger). Tant le corps que l’âme participent à la joie. La nourriture est matérielle mais devient spirituelle dès lors que l’homme y intégre un caractère de sanctification. C’est l’Homme
dans sa globalité qui se réjouit.

Pour créer ce lien avec l’Eternel et avec les autres, un enseignement de vayikra rabba 30.14 met en rapport les quatre espèces avec quatre des principaux organes du corps
- le cédrat a la forme du coeur: des actes effectués sans coeur n’ont aucune valeur, c’est pourquoi lors de la bénédiction nous ajoutons l’étrog au loulav.
- la branche de palmier fait allusion à la colonne vertébrale nécessaire à la réalisation de l’action
-la feuille de myrte épouse la forme de l’oeil : la vue permet d’orienter son regard vers la création
-la feuille de saule fait allusion aux lèvres: la parole permet de se relier par la prière au Saint Béni Soit-il.

Prendre en main les espèces végétales qui représentent le corps humain signifie- avoir une maitrise parfaite de son corps-de son regard, de sa parole et de ses émotions.
Selon cette correspondance, Abraham incarne le coeur, Isaac la colonne vertébrale, Jacob les yeux, et Joseph la bouche.


Cet enseignenemt nous amène à parler de la rencontre de l’homme avec la nature, spécificité de la fête de souccot
Le Midrach tanhouma Emor chapitre 18 établit un rapport entre l’obligation de prendre en main les 4 espèces de la fete de souccot et le verset de tehilim 96. 2 “ alors tous les arbres de la forêt chanteront” ce verset fait allusion au peuple d’Israel et aux autres nations qui sont jugées par le SBSI- ils comparaissent en jugement mais on ne sait qui va sortir victorieux. L’Eternel ordonne alors “ prenez vos loulavim dans vos mains afin que tout le monde sache que vous avez eu gain de cause dans le jugement “.
Rabbénou Béhayé, rabbin et philosophe andalou de la première moitié du XIe siècle, consacre un long commentaire à la prescription du bouquet du Loulav, il rapporte des enseignements tirés du midrach vayikra rabba
-selon la 1ere explication,: les quatre espèces sont une réparation. Le midrach établit une équivalence entre les 4 espèces et les 4 empires (babylone, la Médie, la Grèce et Rome) qui ont asservi Israël au cours de son histoire, la Torah Nombres 33.1 y fait allusion dans le verset “voici les stations des enfants d’Israël” “elé massé bené Israel” les premieres lettres de ces 4 mots aleph-mem-beith-ioud- sont les initiales des 4 empires. Aleph ( Edom) Rome- Mem Médie - Beith -Bavel -Ioud la Grèce chacun de ces empires est lui même associé à l’un des 4 éléments fondamentaux, l’eau, l’air, le feu et la terre. En réparant les fautes causéees par les quatre éléments fondamentaux, les quatre espèces entraînent la défaite successive des quatre empires qui leur sont associés
Le cédrat est associé à Babylone, sa couleur ressemble à celle de l’or, or dans la vision de Daniel (2.38) Babylone est comparé à de l’or. Babylone et associé au feu source de l’orgueil réparé par le cédrat
la branche de palmier est associée à l’empire des perses et des Mèdes associé à l’eau : la branche de palmier est longue comme l’arbre sur lequel Haman a été pendu
le myrte, dont les feuilles doivent être ordonnéees trois par trois , est associée à la Grèce, le troisième empire. Celui-ci est associé au vent, et à l’esprit qui s’oppose à l’esprit sacré de la Torah, Les fautes sont réparéees par le myrte
le saule qui n’a ni ni odeur,ni goût fait référence à Rome, associé à la terre source de
matérialité et de poussière. Les excès en ce domaine sont réparés par le saule. On notera bien sur que les quatre coupes du seder de Pessah sont elles aussi en lien avec ces quatre empires.
En tenant entre ses mains le bouquet de loulav le priant tient toute l’histoire d’Israël dans ses mains et oeuvre pour la réconciliation universelle représentéee par les 70 sacrifices offerts à souccot et qui correspondent aux 70 nations qui composent le monde.
Prendre le loulav en mains c’est aussi élever ces 4 fondements, jusqu’à leur source supérieure, élévation préparée par les 4 fêtes du mois de tichri: roch ha chana, kippour, souccot et chemini atseret qui sont associées aux 4 lettres du Tétragramme, et aux 4 jours qui séparent souccot de Kippour.
- selon une deuxième explication: le cédrat et la branche de palmier font allusion dans la rétribution de ce monde et du monde à venir, alors que le myrte et le saule renvoient aux voies du repentir : la douleur ( du jeune) et la soumission. Le cédrat est appelé dans la Torah “ fruit du bel arbre” dans le traité chabbat 127 on lit “ voici les actions dont l’homme mange les fruits en ce monde et dont le capital est reservé pour le monde futur. Dans le Talmud sanhedrin 70b des sages discutent de savoir si l’arbre de la connaissance dont le fruit avait été defendu à Adam et Eve était la vigne, le blé ou la figue. Selon un autre avis rapporté par le midrach berechit raba 15,45 il s’agissait du cédratier. Par la mitsva accomplie à souccot avec ce fruit on répare le péché originel.


En conclusion, souccot cloture les fêtes de Tichri. A ce moment D. déverse sur nous un flot de bénédictions. L’amour qui nous lie au Saint Béni Soit-il est au point où il proclame “ il m’est difficile de me séparer de vous” aussi d’après un midrach D. nous a demandé de fêter chemini atseret pour rester un jour de plus avec Lui.


Hag Sameah