Les mesures halakhiques des fêtes de Tichri 5781

Par notre rabbin Rivon Krygier

 

Les divers offices sont divisés en divers « pôles d’affluence » pour permettre une répartition des fidèles et donner ainsi à qui le souhaite l’occasion d’être présent au moins à l’une ou l’autre de ces parties, dans le respect du nombre limite de personnes pouvant être accueilli au vu des conditions sanitaires édictées en temps réel.
Les offices seront globalement raccourcis de près d’un tiers au regard des années régulières. Le but est de réduire le temps d’exposition, de port prolongé des masques. Des pauses d’aération seront envisagées. Sans entrer dans tous les détails, seront soigneusement conservés les éléments constitutifs de la trame essentielle des prières tandis que les éléments secondaires seront élagués. La partie « prélude » des bénédictions matinales et des psaumes (pessouké de-zimra) qui d’ordinaire ouvre les offices sera laissée à la récitation individuelle et domestique. Nous raccourcirons certains récitatifs secondaires, éviterons des répétitions, ferons des regroupements de bénédictions après les montées à la Tora.

Roch ha-Chana tombe un weekend. On ne sonne pas du Chofar le Chabbat. Ceux qui, pour une raison ou l’autre, ne pourront assister à la sonnerie prévue le dimanche matin pour accomplir le commandement de l’entendre dimanche après-midi, en plein air, lors de la cérémonie de Tachlikh en bordure de la Seine (voir détails dans l’agenda des offices). A priori, la sonnerie du Chofar doit être entendue en son réel. La retransmission ne vaudra qu’en cas d’empêchement.

Se fondant sur le responsum du rabbin Yehoshua Heller, adopté à une large majorité par le Comité de la Halakha du mouvement conservative, sera mis en place tout au long des fêtes un système de streaming (diffusion continue) qui doit permettre de suivre les offices à distance depuis un support numérique. Sans entrer ici dans les détails de l’argumentaire, voici les raisons et les conditions de cette mesure :

  1. Idéalement, il convient de ne pas utiliser les supports numériques durant le Chabbat et les fêtes. L’exercice spirituel essentiel de ces temps sacrés consiste précisément à se déconnecter de l’activité profane, dont les écrans sont désormais un vecteur essentiel, pour se consacrer à la vie familiale et communautaire, en s’y reliant en présence physique. Qui est en capacité de se passer d’une connexion numérique pour accomplir les rites, les prières et les temps d’étude durant les fêtes devrait privilégier cette voie.
  2. Pour un nombre non négligeable de fidèles, celles et ceux qui ont une santé fragile ou sont « à risque », craignent de s’exposer malgré les précautions, ou qui ne sont pas en mesure d’accomplir les prières de manière satisfaisante sans le support de la prière communautaire, et ne pourront pas assister physiquement aux offices, un système de diffusion continue sera mis en place. Le système est unidirectionnel (à la différence des séances zoom), c’est-à-dire sans interaction (afin de ne pas profaner inutilement la fête). La caméra ne visera que la Bima où les officiants dirigeront l’office et indiqueront les pages du Mahzor (livre de prières) que nous utiliserons pour permettre tant aux fidèles présents qu’aux internautes de suivre l’office. Les inscrits pourront les emprunter auprès du secrétariat. Il s’agit d’une mesure d’exception liée à la crise sanitaire. L’idée de tenir compte des singularités et exceptions va dans le même sens que les autorisations rabbiniques qui, par exemple, autorisent un individu mal entendant à porter un appareil auditif ou de se déplacer en chaise électrique à la synagogue durant les temps de Chabbat et fêtes.
  3. Il conviendra d’allumer son ordinateur et de se connecter au lien zoom juste avant le début de la fête et de le laisser allumé, en connexion tout au long. Nous avons reçu une autorisation exceptionnelle de la société Zoom réservée aux communautés massorti dans le monde pour pouvoir maintenir ce lien en vigueur durant 72 heures sans devoir le réinitialiser. Attention : bien que le lien passe par zoom la diffusion continue se fera par Youtube (les instructions précises sur le mode de connexion doivent suivre incessamment dans une lettre-flash). Le principe est de veiller, autant que possible, que l’appareil reste branché tout au long des fêtes sans qu’on ait besoin de le reconfigurer, tout comme on laisse une lampe éclairante, une plaque chauffante ou un micro chabbatique allumé.
  4. Dans le même souci de réduire toute profanation, la tâche de surveillance et d’intendance de la diffusion sera confiée à une personne qualifiée qui n’est pas juive et donc autorisée à apporter ce type d’aide et d’intervention en cas de nécessité. En cas de souci technique à la maison : pour ceux qui ont à cœur de respecter la règle religieuse de ne pas disposer du pouvoir d’intervention sur leur machine en cas d’extinction de l’écran ou d’autre souci, ils agiront, le cas échéant, de la manière la plus réduite possible et par une action de type détourné pour marquer l’auto-limitation (par ex. pousser du coude la souris pour que l’écran se rallume). Ces dérogations ne se justifient qu’en raison des contraintes liées à la situation d’exception. Il vaut mieux minimiser les transgressions plutôt que de profaner la fête ou, au contraire, la vider de toute expérience spirituelle par une trop grande prévention. Bien entendu, il appartient à chacun d’agir comme il l’entend, dans le respect des convictions de chacun.
  5. Les fidèles qui se rendront aux offices lors des plages horaires qui leur auront été assignées seront invitées à proscrire toute effusion puissante de la voix lors des chants collectifs. Il est vrai que la beauté des offices tient à la participation active du public et que nous regretterons cette année de ne pas entendre toute la puissance d’une communauté en prière qui chante à l’unisson, lors des moments les plus intenses. Il nous revient toutefois de considérer cette situation sécuritaire non comme une privation mais comme un défi spirituel : celui d’émettre une prière à voix certes plus basse mais qui sera davantage dans la nuance et l’intériorité.

On l’aura compris, cette année, nos offices ne ressembleront pas à ce que nous avons l’habitude de partager ensemble et auxquels nous aspirons : ni pour ceux qui suivront les offices depuis chez eux, ni pour ceux qui seront présents en nombre réduit et en chant contenu. Mais il nous revient la tâche et le défi de leur donner une solennité exceptionnelle au regard de la crise exceptionnelle que nous traversons.
 
J’espère de tout cœur que tous ceux qui assisteront à nos offices, que ce soit physiquement ou à distance, et tous ceux qui en quelque façon soutiennent notre action, s’acquitteront de la réservation de leurs places et ne réduiront pas leurs dons habituels sans lesquels notre communauté se retrouverait en grande difficulté. Que ceux qui peuvent faire plus fassent davantage ! Que ceux qui ne peuvent que faire moins, soient rassurés, ils seront pleinement des nôtres (ils peuvent m’écrire en toute discrétion si besoin).
 
Plus que jamais la fraternité solidaire fera la force de nos prières et nous porterons ensemble le flambeau de notre mémoire collective et de nos aspirations sacrées, sans que sa flamme ne vacille.
 
Bien amicalement et fraternellement à vous tous,
Tikhlè chana ve-kilelotéa, tahél chana ou-virkotéa
Puisse l’année qui s’achève emporter ses malédictions et celle qui commence apporter ses bénédictions !
Le-chana tova tikatévou ve-téhatémou.
Soyez inscrits et consignés dans le livre des vivants pour une bonne et heureuse année !
 
Rivon Krygier