La conversion

Se convertir au judaïsme n’est pas seulement adopter une vague idéologie éthique et biblique, ou savoir déchiffrer quelques mots d’hébreu incompris.

Le judaïsme implique des dimensions autrement plus profondes : identitaires (les juifs sont un peuple avec une histoire particulière), culturelles (le judaïsme passe par une langue : l’hébreu, une littérature, des musiques, des cuisines et même de l’humour), spirituelles (le judaïsme est une religion spirituelle extrêmement complexe, exigeante et difficile à bien connaître et à pratiquer). Un candidat à la conversion sera reçu au plus tôt par le rabbin et sera toujours le bienvenu à toutes nos activités communautaires même si sa démarche ne devait pas aboutir.

Le judaïsme Massorti se définit comme une approche pluraliste et humaniste de la vie juive. Cela implique pour notre part le désir de prendre en compte et d’honorer les sentiments personnels et la conscience du candidat. Réciproquement, les plus grandes sincérité et honnêteté du candidat à la conversion sont requises. La situation religieuse et personnelle de ce dernier peut être confiée au rabbin en toute confiance, et les questions délicates qui pourraient se poser peuvent lui être adressées en entretien privé. De même, les études, autant que les aspects pratiques, seront présentés et discutés pendant les cours avec le souci sincère de respecter la démarche et la conscience de l’individu, d’être ouvert et sensible à son questionnement spirituel. Cependant les candidats à la conversion doivent bien comprendre la difficulté et l’importance de l’enjeu de leur démarche et l’investissement personnel qu’ils devront fournir.

Le candidat à la conversion doit non seulement accepter mais vouloir de tout son cœur intégrer l’histoire riche et complexe d’Israël. Sa démarche implique donc de très réels efforts de sa part et même un changement profond dans son mode de vie. Si elle est véritablement décidée et motivée, elle trouvera auprès de la communauté Massorti et de ses rabbins toute l’aide et tous les encouragements possibles ainsi que l’enseignement nécessaire.

Il va sans dire que la demande de conversion doit s’accompagner de la fréquentation assidue de la communauté juive dans son ensemble et plus particulièrement de la synagogue. Cela implique une présence régulière aux offices (vendredi soir, samedi matin et fêtes), une participation assidue aux différents cours, une implication active dans la vie communautaire (repas, conférences). Nous demandons en outre au candidat de s’abonner à une revue juive de son choix (l’Arche, Information juive, etc.) ainsi que de lire le maximum d’ouvrages et de se tenir au courant de l’information concernant le monde juif (sites Internet, films, programmes télévisés et notamment ceux du dimanche matin sur la deuxième chaîne). De plus, nous recommandons tout particulièrement que le candidat ait fait au moins un voyage en Israël avant l’aboutissement de sa démarche. Enfin, un apprentissage actif de l’hébreu est indispensable, tout candidat doit savoir au moins lire correctement et connaître le sens principal de ce qu’il lit (pour ce faire il existe de nombreux cours et méthodes d’hébreu).

Couple mixte

A priori, on ne doit pas se convertir pour faire plaisir à son conjoint ou sa belle-famille, une telle conversion ne serait pas sérieuse. Il arrive cependant souvent, que le contact avec le judaïsme commence au hasard d’une relation amoureuse. Les unions mixtes sont extrêmement nombreuses de nos jours et bien souvent le conjoint non juif découvre une tradition chaleureuse et un intérêt spirituel qu’il ignorait auparavant. S’il existe donc un véritable intérêt spirituel, une attirance profonde et sincère pour le monde juif et un projet familial juif sérieux, la conversion peut s’avérer une bonne solution. Dans un tel cas, le mouvement Massorti recevra chaleureusement le couple mixte et l’aidera à trouver une solution.

Notre fonction n’est pas de juger les gens, ni de leur faire des reproches, encore moins de leur mettre des bâtons dans les roues, mais de rester à leur écoute et de faire en sorte que la synagogue soit un lieu de dialogue, d’ouverture et de respect de l’autre. En revanche, une conversion de façade ne sera pas acceptée.

Dans le cas particulier d’une démarche de conversion d’un non juif qui fréquenterait un juif, nous considérons que le juif doit accompagner et aider son partenaire, sa présence aux différentes activités est donc également indispensable. Dans le cas où ils seraient mariés civilement, ils doivent programmer leur mariage religieux dans le plus bref délai suivant la conversion. Dans le cas où un couple mixte a des enfants en bas âge, la conversion de la mère impliquera obligatoirement que les enfants fassent de même et qu’ils soient élevés dans le judaïsme. Si ces enfants sont assez grands pour exprimer leur désir, leur conversion dépendra de leur engagement propre.

Enfant dont seul le père est juif

Il est devenu courant que des enfants d’unions mixtes désirent s’inscrire dans le judaïsme, qui souvent est pratiqué de façon familiale.

Sans reconnaître la judéité pleine et entière d’un enfant de père juif et de mère non juive, nous tenons compte de son ascendance juive pour l’aider à trouver un moyen de « régulariser » sa situation vis-à-vis du judaïsme avec le consentement des deux parents. Un tel enfant, même s’il doit passer par une conversion formelle, profite déjà d’une identité juive forte et d’une pratique familiale d’un certain niveau. Notre rôle est d’aider cet enfant à s’inscrire dans le judaïsme en conformité avec la Halakha.

Cela implique non seulement l’inscription au Talmud Tora (cours d’enseignement religieux pour enfants) mais également la présence régulière aux offices. Nous demandons également que les parents fréquentent activement la synagogue (offices et cours pour adultes) et s’engagent dans une vie communautaire, cela y compris pour la mère non juive de l’enfant qui, sans se convertir, doit accompagner au mieux son enfant et son mari et aider à créer une ambiance juive à la maison.

Au cas où une famille ne serait pas prête à une telle démarche familiale, l’aboutissement de la conversion de l’enfant ne saurait avoir lieu avant sa majorité civile, la Bar/Bat Mitsva serait donc repoussée à l’âge adulte, cela même si l’enfant a fréquenté tous les cours de Talmud Tora.

La conversion comme engagement

Dans tous les cas, le candidat à la conversion s’engage à respecter au mieux de ses possibilités les règles du judaïsme, les Mitsvot, c’est-à-dire à manger cacher, respecter le Chabbat et les fêtes et continuer une démarche d’études (aussi bien avant qu’après la conversion). Nous considérons que sans un tel engagement, la démarche de la conversion n’est pas sérieuse.

Au besoin, le candidat est invité à s’entretenir avec le rabbin des difficultés ou contraintes pratiques qu’il pourrait rencontrer et qui entravent son observance. Le rabbin étudiera avec lui la ligne de conduite à suivre et les éventuelles solutions à apporter.

Ces exigences peuvent paraître lourdes mais elles sont le minimum exigible pour une conversion authentique. Elles sont basées sur notre expérience et notre déception occasionnelle devant la superficialité de certaines démarches. Il faut comprendre que devenir juif implique un bouleversement de l’individu et que cela ne saurait se faire sans un ferme engagement de sa part.

Il faut comprendre également que la conversion au judaïsme engage non seulement le candidat, mais également le rabbin, sa communauté, le peuple juif dans son ensemble et même l’État d’Israël puisque cette conversion donne le droit automatique à la citoyenneté israélienne selon la Loi du retour. S’il est dans cet état d’esprit, nous serons de tout cœur aux côtés du candidat qui sera accueilli à bras ouverts et épaulé dans sa démarche. Dans tous les cas, le rabbin se tient à votre entière disposition pour toute précision et toute discussion.

Étapes de la conversion

Concrètement, la conversion exige près de deux ans d’apprentissage (sauf cas très exceptionnel). Le rabbin est seul habilité à juger de la maturité de la démarche.

Au bout de cet apprentissage le candidat devra passer un examen de connaissances du rituel, de la Halakha, de l’hébreu, de l’histoire et de la vie juive. S’il réussit cet examen et qu’il correspond aux critères fixés ci-dessus, le rabbin permettra alors à ce candidat de se présenter devant le Beit Din (assemblée de trois rabbins) européen du mouvement Massorti, Beit Din qui jugera après entretien avec le candidat de sa capacité à rentrer dans le peuple d’Israël.

Il va sans dire que le candidat est censé se désengager de toute croyance ou rite d’une autre religion ; déclarer solennellement que le motif de sa conversion est volontaire, libre et sincère, conformément à la loi juive traditionnelle, en assumant l’irréversibilité de la démarche. Le candidat déclare reconnaître que le judaïsme est un monothéisme et que son engagement suppose l’acceptation d’endosser la discipline des commandements prescrits par la Tora et la tradition juive au mieux de ses forces. Il s’engage à persévérer en maintenant un lien étroit avec une communauté juive de son choix, et à éduquer précocement ses (futurs) enfants dans la voie du judaïsme. Si le Beit Din l’accepte (ce qui ne pose pas de problèmes quand la préparation a été sérieusement faite), le candidat passera au Mikvé (bain rituel) et recevra un certificat de judéité.

Si le candidat est un homme, il aura à subir l’intervention de la circoncision. Dans le cas où il serait déjà circoncis (non rituellement), il aurait à accomplir le rite symbolique de « la rougeur de sang » התפת דם ברית (voir avec le rabbin). Il sera alors considéré comme juif à part entière.

Pendant toute la durée de l’apprentissage le candidat doit obligatoirement être cotisant, de plus il doit payer le tarif prévu pour une conversion (les difficultés financières sont bien sûr prises en compte). Les dépenses du Beit Din sont aux frais du candidat.

Il va sans dire qu’une fois la conversion aboutie, le candidat est censé demeurer membre actif de notre communauté et continuer à participer à ses activités et à la soutenir du mieux qu’il le peut. L’intention ferme d’entretenir dans le futur un lien vivant avec une communauté juive est capitale car elle témoigne du désir de donner une suite cohérente au processus de conversion au judaïsme.

Conversion réussie

Il nous semble qu’une conversion réussie est avant tout une conversion faite dans de bonnes conditions et dans un sentiment de confiance et de sincérité. Il nous semble également dans l’intérêt de la réussite de cette conversion de ne pas soumettre le candidat à une véritable torture morale ou à des délais inhumains. Nous privilégions au contraire un rapport sincère et un dialogue constant entre le candidat et le rabbin. C’est pourquoi au bout du compte, le nom de l’institution sur le tampon du certificat de conversion importe beaucoup moins que ce qui s’est passé véritablement dans le cœur du candidat.