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Mis à jour : il y a 15 heures 21 min

Un sac de billes

jeu, 02/09/2017 - 13:58

Une nouvelle et meilleure version pour un livre à succès et une histoire emblématique.

En 1973 sortait le livre autobiographique de Joseph Joffo : un sac de billes. Ce fut un succès de librairie immédiat. Une vingtaine de millions de livres vendus dans 23 pays…

C'est l'histoire d'un gamin juif de 10 ans habitant Paris qui fuit en 1942 vers la zone libre avec son grand frère. Le récit raconte les aventures de ces deux frères jusqu'à la libération. Contrôle d'identité dans le train, un curé anonyme les sauve en affirmant les accompagner. Passage de la ligne de démarcation. Réunion de toute la famille à Menton dans la zone italienne. Puis arrivée des allemand après la chute de Mussolini en septembre 1943 et arrestations, extraordinaire libération grâce au prêtre de l'église de la Buffa à Nice, refuge près du Vercors et enfin libération. De cette famille nombreuse, il y a aussi d'autres grands frères, seul le père a été pris, déporté et assassiné à Auschwitz-Birkenau… Une histoire comme tant de familles juives ont vécu dans la France de Vichy.

Le titre "un sac de bille" vient d'une petite anecdote assez cocasse : le jour où l'étoile jaune devient obligatoire, les gamins juifs sont évidemment objet de moquerie à l'école, mais curieusement, un camarade la trouve plutôt belle et l'échange contre un sac de billes, pour en posséder un exemplaire…

Ce livre a marqué une génération et fut pour moi une révélation, j'avais l'âge du héros quand je l'ai lu à sa sortie et son histoire était à peu près celle de mon père durant la même période. En lisant ce livre, je découvrais donc une histoire de famille dont on ne parlait jamais et je prenais conscience du poids de ma judéité absolument insouciante dans les années 1970. Je dois donc beaucoup à ce récit qui fut un des premiers à parler de la Shoa au grand public. C'est en effet à cette période qu'on commence à parler de tout cela à travers différents livres et films.
En 1975 sortait l'adaptation cinématographique par Jacques Doillon qui fut aussi un beau succès. Mais le film de Doillon, pas mauvais en soi, avait un défaut majeur, il présentait trop cette fuite comme des grandes vacances prolongées, une espèce d'aventure de gosses. On pourrait presque penser que dans le fond, on s'amusait bien sous l'occupation…

Quarante ans plus tard, une nouvelle adaptation du roman est réalisée par Christian Duguay et sort sur les écrans en France en janvier 2017. Cette nouvelle version a été faite en étroite collaboration avec l'auteur et cherche à être le plus fidèle possible au récit. Contrairement à celle de Doillon, elle met l'accent, non sur le jeu et l'aventure, met sur la terreur et le risque absolu.

Elle est meilleure à mon avis car elle montre efficacement ce que fut pour des gosses, le cauchemar de cette période où l'angoisse était omniprésente. Elle met l'accent sur cette famille, chaleureuse et unie, qui va être séparée, brisée par la déportation du père, traumatisée par ces années terribles. L'enfant de 10 ans à l'inverse du film de Doillon, n'a plus d'enfance, il vit dans un monde où la menace se fait de plus en plus forte, où tout est fragile, rien n'est sûr. La version de Doillon montrait aussi le danger, mais mettait surtout l'accent sur la préadolescence du petit Joseph Joffo, sur ses premiers émois amoureux, ses relations avec ses camarades de pension, son grand frère un peu écrasant… C'était plus un film sur l'enfance que sur la survie. La nouvelle version de Christian Duguay fait l'inverse, elle montre la difficulté d'être un enfant dans une telle période et dans de telles conditions. On notera notamment la scène d'interrogatoire où les enfants doivent résister pour ne pas avouer qu'ils sont Juifs, scène brutale où la perversion du chasseur de Juifs, loin d'être naïf, ne lâchant pas sa proie est montrée avec beaucoup d'efficacité. Le film montre très bien la perversité du bourreau et la nasse qui se refermait sur les Juifs et l'immense difficulté d'y échapper. J'ai par exemple apprécié un détail de mise-en-scène : le pleur insistant de bébé en bruit de fond dans la scène où les Juifs sont entassés dans une pièce de l'Excelsior à Nice, ce pleur énervant, anonyme, qu'on voudrait entendre cesser, mais qui ne cesse que parce que les allemands emmènent tout le monde, bébé compris…

Une des raisons de la réussite du film est la qualité des deux jeunes acteurs, notamment Dorian Le Clech qui joue Joseph Joffo. On peut saluer aussi le couple Bruel Zilberstein crédibles et émouvants ce qui n'était pas évident. La mise en scène est rythmée et sans fioritures, elle réussi le difficile pari de passer du rire aux larmes, de l'intime de l'enfance et de la vie familiale à la brutalité de la barbarie au pouvoir…

Certes c'est un film de plus sur cette période largement traitée au cinéma, mais c'est un film efficace, bien fait, bien joué. Un bon instrument pédagogique à voir en famille et à discuter. Une excellente occasion de faire découvrir cette triste période de notre histoire à la nouvelle génération.

Sur le plan du yiddish (langue que le vrai Joseph Joffo parle très bien), il y a dans le film une petite scène au café dans la zone italienne qui montre des Juifs âgés discutant en yiddish et parlant français avec un accent bien marqué. Petit clin d'œil donc à tous ces Juifs immigrés qui ne pouvaient pas se cacher car trop faciles à repérer dès qu'ils ouvraient la bouche et qui en effet seront largement raflés une fois les italiens partis.

On peut juger la qualité d'une œuvre ou à son style ou à son efficacité dans ce qu'elle produit en nous. Un sac de billes n'est pas un chef d'œuvre littéraire et le film de Christian Duguay n'est pas non plus le film de l'année, mais je sais ce que le livre a produit sur moi dans mon enfance, comme une sorte de révélation, un choc qui a peut-être déclenché un processus de militantisme juif à plein temps passant par l'Alya et le rabbinat. Le film m'a replongé dans cet état d'émotion de mon enfance, cette découverte d'une part de moi-même avec beaucoup d'efficacité et rien que pour cela j'invite à aller le voir et j'en remercie les auteurs.

Yeshaya Dalsace

Présentation de Massorti France

mer, 02/08/2017 - 17:14

Vous êtes nombreux à vous interroger sur ce qu'est Massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C'est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l'idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n'a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
France et l'utilité d'une telle association ?

Nous appartenons, non pas à des communautés isolées, mais à des communautés sœurs toutes reliées à travers la France, l'Europe et le monde, fières de porter l'étendard du judaïsme Massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C'est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l'idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n'a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
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Massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C'est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l'idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n'a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
ou Masorti ?

Si Massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C'est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l'idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n'a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
prend deux « s » en français, il n'en prend qu'un en anglais, aussi m'attacherai-je à respecter ces deux orthographes, Massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C'est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l'idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n'a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
quand j'évoquerai le mouvement français et Masorti pour le courant international.

Le mouvement Massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C'est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l'idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n'a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
auquel sont affiliées nos communautés :
Adath Shalom Adath Shalom "Communauté de paix" Première synagogue Massorti en France, située à Paris dans le 15ème. Rabbin Rivon Krygier. , Dor Va Dor, Neve Shalom, Maayane Or, Judaïca, Or Chalom, Beith Tikva est un mouvement mondial faisant partie de Masorti Olami (Israel) qui intègre le mouvement « Conservative Conservative Nom américain du courant Massorti, deuxième grand courant du judaïsme américain. "Conservateur" car opposé au mouvement de la réforme. » américain.
Massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C'est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l'idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n'a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
France a pour but de faire connaitre et de développer un judaïsme ouvert sur le monde moderne qui respecte la Halakha Halakha Loi juive religieuse basée sur le Talmud et les décisionnaires rabbiniques. Littéralement cela veut dire "marcher", la marche à suivre ou la loi en mouvement... Il existe de nombreux débats jurisprudentiels dans la Halakha qui n'est pas un système uniforme. .

J'ai l'honneur d'être la présidente de Massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C'est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l'idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n'a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
France depuis Janvier 2012, fonction que j'ai accepté d'assumer en mémoire d'Evelyne Monserrat, disparue alors qu'elle devait succéder à notre ami Sergio Wax, Président d'honneur.

Massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C'est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l'idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n'a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
France fonctionne comme toute association officiellement enregistrée :
Un Conseil d'Administration composé des présidents de chaque communauté, et de représentants au prorata du nombre de membres.
Un Bureau composé de la Présidente élue par le CA, un Trésorier, un Secrétaire et un adjoint, un Conseiller.

Nous nous réunissons tous physiquement une fois par an pour l'Assemblée Générale, par conférence téléphonique une fois toutes les six semaines, pour le conseil d'administration, et aussi souvent que nécessaire par conférence téléphonique pour le Bureau.

Notre association Massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C'est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l'idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n'a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
France est rattachée à l'association Masorti Europe, présidée par Sandra Blankstein-Cohen Cohen
cohanim Prêtre de la tribu de Lévi qui servaient dans le Temple de Jérusalem. Privilège héréditaire transmis de père en fils depuis Aaron, frère de Moïse.
De nos jours le Cohen n'a plus qu'un rôle honorifique dans le judaïsme.
, elle-même rattachée à Masorti Olami, présidée pour la première fois par une européenne Gillian Caplin de Londres.

Nous recevons de Masorti Olami de petites subventions et des aides de toutes sortes pour permettre aux communautés de se développer. Je pense ici à Dor Va Dor, (besoin de locaux) ou à Judaïca (besoin d'un rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
).
Souvent, nos communautés attirent des juifs déjudaïsés ou ne se sentant bien ni chez les consistoriaux ni chez les libéraux. Je pense notamment aux femmes.

Aline Schapira. Présidente de Massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C'est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l'idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n'a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
France.

Judaïsme et don d'organes

lun, 02/06/2017 - 14:13

Quelle est la position du judaïsme sur le don d'organe et l'éventuel refus de faire un tel don ? Notre position est l'inverse de celle du rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Michel Guggenheim. Voici pourquoi :

Le contexte :

En médecine, les greffes d'organes apparues dans les années 1960 sont devenues quasi banales et la technique ne cesse de s'améliorer. Nul n'est besoin de démontrer l'utilité de ces greffes aujourd'hui, ni l'immense espoir que la médecine, de plus en plus performante, apporte aux patients. Le débat sur la pertinence des greffes n'existe donc pas au niveau médical. Il soulève par contre des questions éthiques, celle de la définition de la mort étant la principale.

En matière de greffes, il existe partout un déficit entre l'offre et la demande et jusqu'à l'émergence de techniques permettant la fabrication d'organes, comme le cœur mécanique encore expérimental, ou comme un éventuel organe biologique fabriqué à partir de cellules souches, la question des donneurs restera essentielle.
Il existe une possibilité de don d'organes entre vifs (rein, partie du foie, moelle ou même le simple don de sang…). Il n'en sera pas question ici, mais c'est assurément une belle Mitsva que de pouvoir faire un tel don, dans des conditions viables, même si une étude approfondie de la question s'impose.

Un organe prélevé sur un mort doit l'être dans les meilleures conditions, avant toute dégradation et donc le plus près possible de la mort du donneur et souvent par le maintien artificiel de l'irrigation sanguine des organes, donc de battements cardiaques. La grande question éthique est donc celle de la définition de la mort : arrêt cardiaque, arrêt de la respiration ou fin de l'activité cérébrale ? Par ailleurs, le donneur devant être en bonne santé, il s'agit le plus souvent d'accidentés jeunes dont le drame du décès imprévu prend de court leur famille, d'où la difficulté de la prise de décision.

En France, la législation considère le défunt comme a priori consentant (loi de 1976). Pour éviter toute tergiversation familiale rendant vite obsolète la possibilité d'un don, la loi française, depuis le 23.01.2017, établit comme légitime le prélèvement des organes sur un mort, sauf si la personne décédée s'était inscrite sur le registre national des refus (accessible en ligne), l'opposition familiale ne suffisant plus. Auparavant, la loi considérait comme légitime de prélever des organes sauf opposition des proches. En France, plus de 20.000 personnes sont en attente de greffe et le déficit ne cesse d'augmenter.

En Israël, la règle est inverse, on ne prélève pas sauf accord explicite de la famille et sauf si le défunt avait signé une carte d'accord de principe pour faire un don d'organe (mais même en cas de signature, l'opposition des proches est prise en compte). Du coup, Israël, pays médicalement en pointe et donc gros "consommateur" d'organes est en fort déficit d'offres et doit faire appel à des organes importés ou à des transplantations hors du pays. Israël a donc, à juste titre, été critiqué par les organismes internationaux traitant de ces questions et se trouve dans le peloton de queue dans le domaine de la greffe parmi les pays développés. Depuis 2010, on donne priorité aux signataires de la carte de donneur pour recevoir une greffe, afin d'inciter à signer cette carte, mais aujourd'hui seul près de 15% de la population a signé. Plus de 1000 patients sont en attente de greffe et près de 100 meurent chaque année faute de don.

Le déficit régulier d'organes dans les pays développés a ouvert la porte à un trafic macabre et particulièrement cruel. Même si la vente d'organes humains est interdite par l'OMS et la plupart des pays, on estime que près de 5% des greffes dans le monde sont faites à partir du trafic d'organes, ce qui représenterait un profit de près d'un milliard d'Euros ! Il existe un trafic d'organes, notamment de reins, prélevés contre argent sur des donneurs vivants pauvres. Il existe aussi dans certains endroits de véritables chasses à l'homme pour prélever des organes ! Ce fut notamment le cas dans le Sinaï sur la population vulnérable des migrants africains. Ne pas résoudre le déficit d'organes, c'est non seulement laisser des patients en demande de greffe mourir faute de soins, mais c'est aussi indirectement favoriser ces trafics horribles.

Dans ce contexte, en réaction à la nouvelle loi française, le Grand Rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
de Paris, Michel Guggenheim, connu pour ses positions particulièrement conservatrices, a fait un appel public pour que les Juifs de France s'inscrivent sur le registre national des refus interdisant le prélèvement de tout organe sur leur personne. Personnellement signataire depuis des années de la carte israélienne "Adi", autorisant tout prélèvement sur ma personne le cas échéant, je me trouve donc en total porte-à-faux avec la proposition du rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Guggenheim. Il est clair que nos positions sont divergentes sur cette question et voici les données du débat.

Respect du mort :

Deux valeurs s'opposent : d'un côté le respect du mort et l'enterrement dans les règles ancestrales du judaïsme qui exigent beaucoup de précautions à l'égard du corps, avec notamment un enterrement rapide et, de l'autre, l'obligation de sauver les vies de patients en attente. Face à un tel choix, la tradition juive est très claire : la vie passe avant toute chose et sauver une vie compte bien plus que toute question rituelle par rapport au cadavre.

De ce point de vue, les Juifs qui s'opposent au don d'organe sous prétexte d'être enterrés entiers, de respecter le rituel funéraire, le défunt, etc… s'attachent au mauvais côté du problème et oublient le prix de la vie. Or, près de la moitié des israéliens sont opposés au don ! (Les mêmes ne sont pas opposés à recevoir, bien entendu). Il est clair que sur ces questions, on touche à l'irrationnel chez les gens et que le grand principe émis par la Tora : "tu choisiras la vie" (Deut 30.19) reste lettre morte… Le rôle des rabbins rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
est de faire entendre raison et de lutter contre les préjugés et non de les encourager. Nous reviendrons sur le détail de la problématique.

Définir la mort :

Pourtant, il existe un dilemme bien plus épineux : celui de la définition de la mort. C'est un débat techniquement complexe, mais le principe est simple : tant qu'un signe de vie existe, on considère la personne comme vivante et on fait tout pour la sauver. L'origine de ce principe se trouve dans le Talmud Talmud "Enseignement", ensemble littéraire comprenant la Michna de l'époque tannaïtique (3e siècle) et la Guemara (4-5e siècle), discussions des amoraïm à propos de la Michna. Le Talmud babylonien est à la base de tout le développement ultérieur de la loi juive. Le Talmud de Jérusalem fut terminé en Israël quelques génération plus tôt que le Talmud Babylonien.

Le Talmud représente l'ouvrage de base du judaïsme rabbinique.
Yoma 85a qui prend la respiration comme signe. Avec les progrès médicaux, les rabbins rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
ont bien évidemment discuté de cette question et on retient trois signes : la respiration, le battement cardiaque et enfin le fonctionnement cérébral. L'idée étant que pour sauver une vie, même d'un agonisant, on transgresse le reste des commandements sauf le meurtre du fait du principe fondamental selon lequel on ne choisit pas entre deux vies (TB Pessahim 25b). Il est donc strictement interdit de tuer une personne, même agonisante, au profit d'une autre. Il fut une époque où les greffes étaient si aventureuses que le rabbin rabbin
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Moshé Feinstein Feinstein Rav Moshé Feinstein, (1895-1986) très grand décisionnaire halakhique (possek) ultra orthodoxe américain. Un des plus grands décisionnaires du 20ème siècle. affirma en 1969 que "pratiquer une greffe de cœur équivalait à tuer deux personnes d'un coup !". Mais on en est loin aujourd'hui, du fait des progrès gigantesques de la médecine et d'une meilleure définition de la mort.

En ce qui concerne les questions de prélèvements d'organes, le choix devient cornélien puisqu'il est nécessaire de prélever l'organe dans les meilleures conditions et donc souvent de maintenir artificiellement la circulation sanguine et la vie biologique du corps… La question de la définition de la mort devient dès lors épineuse. C'est un point éminemment délicat et technique qui bien évidemment préoccupe au premier chef les comités éthiques et le personnel médical confronté au problème. Nous n'allons pas entrer ici dans ce débat pointu concernant les différents critères et notamment celui de la mort cérébrale (coma de type 4 dit dépassé). Du point de vue du judaïsme, il existe en gros deux écoles : l'une majoritaire qui suit les conclusions des comités d'éthique et de la définition contemporaine de la mort permettant dès lors la possibilité du don d'organe et l'autre, plus conservatrice, refusant de considérer comme morte une personne dont le système cardio-vasculaire est maintenu en fonctionnement, même artificiellement. Le rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Guggenheim se range clairement dans la deuxième catégorie et définit celui qui est en état de mort cérébrale mais dont le cœur bat encore du fait d'un système artificiel comme "en train de mourir" (Actualité Juive du 8.1.2017). Il suit en cela l'opinion des rabbins rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Eliashiv et Auerbach, deux sommités du monde ultra-orthodoxe Orthodoxie
orthodoxe
orthodoxes « Conforme à la doctrine » Ce terme est ambiguë car le judaïsme ne connaît pas véritablement de doctrine. L'orthodoxie juive apparaît au 19ème siècle en opposition au climat de changement. L'orthodoxie actuelle est très divisée, entre des modernes cherchant à lier savoir universitaire et pratique conservatrice et des tendances intégristes (haredim) refusant plus ou moins radicalement la modernité. Il faut donc se méfier dans l'emploi de ce terme et ne pas coller trop vite des étiquettes.
ashkénaze qui ont émis leur refus du critère cérébral en 1990 par "crainte" d'un "éventuel" (safek) meurtre du mourant. Là où le rabbin rabbin
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Guggenheim a tort, c'est qu'il affirme que c'est là l'opinion des "plus grands décisionnaires de la Tora", omettant de signaler que l'autre camp est représenté par des décisionnaires non moins éminents et autrement plus au fait de ces problèmes, du fait de leur formation médicale approfondie… Il semble même, d'après divers témoignages, que le rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Auerbach (décédé en 1995) était en train de changer d'opinion à la fin de sa vie en faveur du critère de la mort cérébrale.

En fait, le camp reconnaissant le critère de la mort cérébrale comprend bien évidemment les décisionnaires Massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C'est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l'idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n'a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
(voir les importants et très détaillés travaux du Committee on Jewish Law and Standards accessibles sur le site de la Rabbinical Assembly), mais également une quantité de rabbins rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
orthodoxes Orthodoxie
orthodoxe
orthodoxes « Conforme à la doctrine » Ce terme est ambiguë car le judaïsme ne connaît pas véritablement de doctrine. L'orthodoxie juive apparaît au 19ème siècle en opposition au climat de changement. L'orthodoxie actuelle est très divisée, entre des modernes cherchant à lier savoir universitaire et pratique conservatrice et des tendances intégristes (haredim) refusant plus ou moins radicalement la modernité. Il faut donc se méfier dans l'emploi de ce terme et ne pas coller trop vite des étiquettes.
prestigieux, soit pour leur spécialisation dans le domaine de l'étique médicale comme Mordechai Halperin (rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
et médecin) ou Avraham Steinberg (principal auteur de la remarquable encyclopédie halakhique médicale et lui-même médecin), soit pour leur autorité halakhique en général comme Ovadia Yossef Ovadia Yossef
Ovadiah Yossef Ancien Grand Rabbin d'Israël, décisionnaire rabbinique de grande renommée et leader spirituel du parti politique israélien séfarade et religieux Shass. Le grand public le connait par ses déclarations pour le moins maladroites ou son action politique à la tête d'un parti politique fondamentaliste, mais son immense œuvre de Possek indépendant et courageux fait de lui un remarquable rabbin.
ou Moshé Feinstein Feinstein Rav Moshé Feinstein, (1895-1986) très grand décisionnaire halakhique (possek) ultra orthodoxe américain. Un des plus grands décisionnaires du 20ème siècle. (tous deux ultra-orthodoxes Orthodoxie
orthodoxe
orthodoxes « Conforme à la doctrine » Ce terme est ambiguë car le judaïsme ne connaît pas véritablement de doctrine. L'orthodoxie juive apparaît au 19ème siècle en opposition au climat de changement. L'orthodoxie actuelle est très divisée, entre des modernes cherchant à lier savoir universitaire et pratique conservatrice et des tendances intégristes (haredim) refusant plus ou moins radicalement la modernité. Il faut donc se méfier dans l'emploi de ce terme et ne pas coller trop vite des étiquettes.
)… Le rabbinat israélien s'est officiellement prononcé en 1990 en faveur de la reconnaissance de la mort cérébrale après le travail d'une longue commission, de même que les principales organisations orthodoxes Orthodoxie
orthodoxe
orthodoxes « Conforme à la doctrine » Ce terme est ambiguë car le judaïsme ne connaît pas véritablement de doctrine. L'orthodoxie juive apparaît au 19ème siècle en opposition au climat de changement. L'orthodoxie actuelle est très divisée, entre des modernes cherchant à lier savoir universitaire et pratique conservatrice et des tendances intégristes (haredim) refusant plus ou moins radicalement la modernité. Il faut donc se méfier dans l'emploi de ce terme et ne pas coller trop vite des étiquettes.
dans le monde. Il est donc étonnant que le Grand-rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
de Paris et longtemps dirigeant du séminaire rabbinique du Consistoire Consistoire Association de loi 1901. Organisme créé par Napoléon pour "surveiller" les juifs qui devaient obligatoirement en faire partie à l'époque. A réussi à regrouper toutes les tendances du judaïsme français jusqu'à la seconde guerre mondiale. Représente aujourd'hui une partie du judaïsme orthodoxe du fait de l'éclatement communautaire. Demeure néanmoins un symbole important. français s'inscrive systématiquement en faveur des positions les plus conservatrices du judaïsme, le Consistoire Consistoire Association de loi 1901. Organisme créé par Napoléon pour "surveiller" les juifs qui devaient obligatoirement en faire partie à l'époque. A réussi à regrouper toutes les tendances du judaïsme français jusqu'à la seconde guerre mondiale. Représente aujourd'hui une partie du judaïsme orthodoxe du fait de l'éclatement communautaire. Demeure néanmoins un symbole important. n'étant pas censé, de par sa vocation, être une organisation à la droite de l'ultra-orthodoxie Orthodoxie
orthodoxe
orthodoxes « Conforme à la doctrine » Ce terme est ambiguë car le judaïsme ne connaît pas véritablement de doctrine. L'orthodoxie juive apparaît au 19ème siècle en opposition au climat de changement. L'orthodoxie actuelle est très divisée, entre des modernes cherchant à lier savoir universitaire et pratique conservatrice et des tendances intégristes (haredim) refusant plus ou moins radicalement la modernité. Il faut donc se méfier dans l'emploi de ce terme et ne pas coller trop vite des étiquettes.

Cela dit, ces débats sur les critères de la définition de la mort restent ouverts et on peut comprendre la perplexité suscitée et l'appel à la prudence. Il ne faut néanmoins pas perdre de vue pour autant les conséquences gravissimes que peut entraîner le refus de don d'organe. Affirmer que l'on doit repousser toute possibilité de don en s'inscrivant sur le registre du refus n'aurait à mon avis moralement de sens que si l'on refusait parallèlement de recevoir toute greffe, et ceci en application du principe d'Hillel : "ce qui est détestable à tes yeux, ne le fais pas aux autres"… Cela, le rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Guggenheim ne le dit pas.

Questions techniques :

En dehors de la principale question de la définition de la mort qui, comme nous l'avons vu, pour l'immense majorité des rabbins rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
et pas des moindres permet les conditions du prélèvement d'organes tel qu'il se pratique dans les hôpitaux occidentaux, demeurent quelques points halakhiques techniques à traiter, que certaines personnes invoquent pour justifier leur opposition au don d'organe. Rappelons que toutes ces réticences n'ont aucune valeur du point de vue de la Halakha Halakha Loi juive religieuse basée sur le Talmud et les décisionnaires rabbiniques. Littéralement cela veut dire "marcher", la marche à suivre ou la loi en mouvement... Il existe de nombreux débats jurisprudentiels dans la Halakha qui n'est pas un système uniforme. face à l'impératif de sauver une vie.

- Le respect du corps (ניוול המת) :

Il n'y a aucun manque de respect à prélever un organe, bien au contraire ! Là-dessus, il n'y a pas de débat et depuis fort longtemps on autorise la dissection de cadavre en cas de nécessité médicale immédiate (voir notamment Noda Beyehouda YD210, qui trancha en ce sens dès le 18e siècle). Il va de soi que les équipes médicales effectuent le prélèvement d'organes dans des conditions d'immense respect à l'égard du défunt et avec les plus grandes précautions.

- Tirer profit d'un corps (הנאה מן המת) :

Le Talmud Talmud "Enseignement", ensemble littéraire comprenant la Michna de l'époque tannaïtique (3e siècle) et la Guemara (4-5e siècle), discussions des amoraïm à propos de la Michna. Le Talmud babylonien est à la base de tout le développement ultérieur de la loi juive. Le Talmud de Jérusalem fut terminé en Israël quelques génération plus tôt que le Talmud Babylonien.

Le Talmud représente l'ouvrage de base du judaïsme rabbinique.
Avoda Zara 29b émet le principe d'interdit de tirer profit d'un mort. Mais le Talmud Talmud "Enseignement", ensemble littéraire comprenant la Michna de l'époque tannaïtique (3e siècle) et la Guemara (4-5e siècle), discussions des amoraïm à propos de la Michna. Le Talmud babylonien est à la base de tout le développement ultérieur de la loi juive. Le Talmud de Jérusalem fut terminé en Israël quelques génération plus tôt que le Talmud Babylonien.

Le Talmud représente l'ouvrage de base du judaïsme rabbinique.
Pessahim 25a affirme que les soins repoussent ce genre d'interdits.

- Repousser les funérailles (הלנת המת) :

Dans le cas d'une nécessité impérative, cela est de toute façon envisageable : autopsie, transport du corps, etc… Ce principe ne tient évidemment pas face à l'enjeu de soigner quelqu'un. Quant à l'organe lui-même, il continue à vivre ailleurs et il n'y a donc plus aucune obligation funéraire à son égard.

- Ne pas ressusciter entier :

Dans la perspective de la résurrection des morts, certains pensent que le corps doit rester parfaitement complet. L'argument n'est pas vraiment halakhique, mais psychologique et cette préoccupation est fréquente. Cela relève d'une idée irrationnelle, voire même d'une superstition condamnable, car si effectivement le corps ressuscitait au sens littéral (rappelons que Maïmonide Maimonide
Rambam
Maïmonide Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L'une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu'il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu'il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l'anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
et ses disciples penchent plutôt pour une résurrection de l'esprit), ce qui serait un miracle extraordinaire après la décomposition d'un corps "retourné à la poussière", on ne voit pas trop la difficulté pour Dieu de ressusciter les gens entiers et même de préférence en bonne santé, jeunes et beaux et même tout habillés, comme le précise d'ailleurs le Talmud Talmud "Enseignement", ensemble littéraire comprenant la Michna de l'époque tannaïtique (3e siècle) et la Guemara (4-5e siècle), discussions des amoraïm à propos de la Michna. Le Talmud babylonien est à la base de tout le développement ultérieur de la loi juive. Le Talmud de Jérusalem fut terminé en Israël quelques génération plus tôt que le Talmud Babylonien.

Le Talmud représente l'ouvrage de base du judaïsme rabbinique.
(Sanhédrin 91b).

- Le malade n'est pas devant nous :

Le rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Guggenheim précise que de toute façon, le prélèvement d'organes ne serait autorisé (après arrêt cardiaque) que si "le receveur a déjà été identifié et que l'organe prélevé ne soit donc pas conservé dans une banque pour une utilisation ultérieure". Autant dire que ce n'est jamais possible en pratique ou presque. En effet, les demandeurs en attente sont inscrits sur une liste, les donneurs par définition ne le sont pas et la décision du prélèvement se fait forcément dans la précipitation qui suit le décès accidentel et, dès que le prélèvement est effectif, on consulte alors la liste des demandeurs. Tout cela doit aller très vite car la plupart des organes ne sont viables que quelques heures. Exiger que le greffé soit dûment identifié pour prendre la décision du prélèvement est impraticable et éthiquement absurde, on donne en sachant que cela sauvera quelqu'un, mais l'identité de ce quelqu'un importe peu. C'est l'idée même du serment médical d'Hippocrate ou de la prière du médecin écrite par Maïmonide Maimonide
Rambam
Maïmonide Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L'une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu'il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu'il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l'anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
: que le médecin soigne tout malade sans se soucier de son identité. Tergiverser sur cette question, c'est clairement pencher du côté de la barbarie.

Le concept affirmant que le malade doit se trouver "devant nous" est exprimé par Noda beYehouda (Tanina 110), célèbre rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
pragois du 18e siècle, qui n'autorise l'autopsie d'un mort à fin d'étude de la maladie que si "le malade est devant nous" dans l'objectif d'une comparaison concrète et non juste pour étudier vaguement le cas. C'est-à-dire que le principe affirmant que "sauver une vie annule tout interdit" ne fonctionne, d'après lui, que s'il y a un besoin précis et présent et non juste pour un apprentissage incertain. Autant dire que si les médecins suivaient cette opinion, la médecine ne ferait pas grand progrès… Rappelons que cette opinion date du 18e siècle et qu'elle ne tient nullement compte de la situation médicale actuelle et des immenses progrès obtenus grâce à de telles autopsies. Il y a fort à parier que de nos jours, sa conclusion serait différente. Dans son texte, il précise d'ailleurs qu'il interdit cette pratique pour un progrès hypothétique, pas pour un progrès assuré. Depuis, le rav Ouziel, grand rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
d'Israël au moment de la création de l'Etat (YD 28) a affirmé le contraire et autorisé des autopsies à fin d'apprentissage.

Le cas du prélèvement d'organes est bien plus simple, car il ne s'agit même pas de faire un éventuel progrès, mais de soigner assurément une personne en danger et même plusieurs ! Que ces personnes soient géographiquement éloignées ne change strictement rien à la question, car les moyens de communication rapides font que le malade recevra sa greffe à temps et surtout, de nos jours, que tout malade peut entrer dans la catégorie "devant nous". En effet, le monde médical communique et publie en permanence, de sorte qu'un progrès fait à un endroit du globe se propage très vite partout ailleurs. Cela modifie radicalement la notion de distance. De nos jours, on pratique même des opérations à distance par l'intermédiaire de systèmes vidéo ! L'argument n'est donc plus pertinent.

- Non assistance à personne en danger :

Le concept existe dans la Halakha Halakha Loi juive religieuse basée sur le Talmud et les décisionnaires rabbiniques. Littéralement cela veut dire "marcher", la marche à suivre ou la loi en mouvement... Il existe de nombreux débats jurisprudentiels dans la Halakha qui n'est pas un système uniforme. . Il nous est interdit de "nous tenir debout devant le sang de notre prochain", affirme le Lévitique (19.16). Le Talmud Talmud "Enseignement", ensemble littéraire comprenant la Michna de l'époque tannaïtique (3e siècle) et la Guemara (4-5e siècle), discussions des amoraïm à propos de la Michna. Le Talmud babylonien est à la base de tout le développement ultérieur de la loi juive. Le Talmud de Jérusalem fut terminé en Israël quelques génération plus tôt que le Talmud Babylonien.

Le Talmud représente l'ouvrage de base du judaïsme rabbinique.
(Sanhédrin 73a), quant à lui, oblige clairement sur la base de ce verset à intervenir pour sauver une vie. Maïmonide Maimonide
Rambam
Maïmonide Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L'une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu'il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu'il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l'anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
(Lois sur le meurtrier 1.13 et suivant) est catégorique sur ce point. Il affirme que : "celui qui pourrait sauver une vie et ne le fait pas doit être considéré comme un meurtrier, même s'il n'est pas passible de punition par un tribunal faute d'une action positive de sa part". Il reprend la célèbre phrase de la Mishna Mishna
Michna Corpus juridique rabbinique du 3ème siècle. Divisé en 6 ordres. Somme de textes de la Tora orale. La Mishna représente la base du droit hébraïque. Elle donne lieu à un développement : le Talmud.
(Sanhédrin 4.5) : "celui qui sauve une vie sauve un monde entier et à l'inverse, celui qui provoque un décès détruit un monde entier". L'impératif du don d'organe semble donc très clair.

Conclusion :

De notre point de vue, qui est conforme à celui de l'immense majorité des rabbins rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
dans le monde, il faut absolument favoriser le don d'organes et tout faire pour briser les barrières psychologiques absurdes que les gens entretiennent. Les réticences que l'on peut entendre sur la question du don d'organes n'ont pas de fondements sérieux face à l'enjeu colossal qui consiste à sauver des vies.

Personnellement, je trouve extrêmement grave qu'un rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
important et connu, censé représenter la principale communauté juive de France, celle de la capitale, fasse un appel public à ne pas donner ses organes. Je pense même que dans les conditions actuelles de la médecine, celui qui s'inscrit sur la liste du refus de don fait preuve a priori et de façon préméditée, non seulement d'une belle dose d'égoïsme, mais se range même dans la catégorie des méchants (réshaïm) parmi ceux qui restent indifférents à la souffrance d'autrui et profane le nom divin en donnant une image exécrable du judaïsme (ce qui est la pire des transgressions). Il me semble donc que c'est un interdit très grave que de s'inscrire sur une telle liste et que cela va à l'encontre de tout l'esprit de la Tora.

A l'inverse, les familles qui ont le malheur de perdre un proche dans la fleur de l'âge, peuvent voir comme une petite part de consolation le fait que leur terrible perte permet de sauver quelques vies.

En hébreu, le défunt se dit : "Niftar", celui qui ne peut plus faire de Mitsva… Or, le don d'organes est peut-être le seul exemple de Mitsva post-mortem !

Il ne faut donc surtout pas s'opposer au prélèvement d'organes et tout faire pour faire cesser les préjugés stupides ancrés dans une vision fermée et égoïste du judaïsme.

Yeshaya Dalsace

Shevat 5777 / fév 2017

Liens internet :

Actualité juive : entretien avec le rabbin Guggenheim

Agence de la biomédecine, agence de l'État placée sous la tutelle du ministère chargé de la santé.
https://www.dondorganes.fr/

Association gouvernementale israélienne Adi en faveur du don d'organe sous le parrainage de nombreux rabbins rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
dont le grand rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
d'Israël David Lau, les ex grands rabbins rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
d'Israël Israël Lau et Shlomo Amar, le rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Aviner et le Possek Massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C'est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l'idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n'a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
David Golinkin.
https://www.adi.gov.il

Recevoir des Juifs mangeant kasher

jeu, 01/05/2017 - 14:37

Comment préparer à manger kasher Kasher
casher
cachere Apte, conforme aux exigences de la loi juive
à vos amis juifs.

Vous avez de la famille ou des amis qui mangent kasher Kasher
casher
cachere Apte, conforme aux exigences de la loi juive
, ce qui n'est pas votre cas (que vous soyez juif ou non) et vous ne savez pas comment gérer la chose pour les recevoir ? Voici comment faire.

Tout d'abord, il y a deux cas de figure :

Soit ces Juifs sont super kasher Kasher
casher
cachere Apte, conforme aux exigences de la loi juive
(c'est-à-dire très strictement orthodoxes Orthodoxie
orthodoxe
orthodoxes « Conforme à la doctrine » Ce terme est ambiguë car le judaïsme ne connaît pas véritablement de doctrine. L'orthodoxie juive apparaît au 19ème siècle en opposition au climat de changement. L'orthodoxie actuelle est très divisée, entre des modernes cherchant à lier savoir universitaire et pratique conservatrice et des tendances intégristes (haredim) refusant plus ou moins radicalement la modernité. Il faut donc se méfier dans l'emploi de ce terme et ne pas coller trop vite des étiquettes.
) et vous ne pouvez leur offrir que des légumes et fruits crus, du pain et des sardines en boite (de certaines marques)…

Soit ces Juifs sont pratiquants, mais ouverts à une certaine souplesse et voici le mode d'emploi qui n'est pas si compliqué :

Ne préparer aucune viande même de volaille, (y compris de la viande achetée dans un commerce kasher Kasher
casher
cachere Apte, conforme aux exigences de la loi juive
pour éviter toute erreur ou mélange interdit), mais que du poisson, des œufs, du fromage et des salades. Vérifier que le poisson est strictement du poisson à écaille (donc ni lotte, ni raie, ni panga, etc… se référer si besoin à la liste des poissons kasher Kasher
casher
cachere Apte, conforme aux exigences de la loi juive
sur internet facile à trouver). Aucun fruit de mer ni crustacé. Exclure les substrats de poisson recomposés (quenelle, surimi, steak de poisson à base de mélange…), mais n'utiliser que du poisson à écaille entier ou en filets. Eviter la friture.

Faire cuire dans des casseroles absolument propres (éviter la poêle) et si possible n'aillant pas servi depuis la veille. Vous pouvez même ébouillanter à l'eau ladite casserole, ce sera encore mieux. Pour la vaisselle, utiliser la vaisselle habituelle, bien propre (certains préfèrent dans un tel cas de la vaisselle jetable, mais pas forcément).

Pour les œufs et les légumes pas de problème. De même avec les condiments et tout aliment végétal. Pour les fromages, certains ne mangent pas tous les fromages, d'autres si… vérifier donc auprès d'eux.

Pour les desserts, pas de problème non plus (pâtisserie pur beurre de préférence et sans gélatine).

De façon générale, employer des aliments naturels, éviter les sauces avec additifs douteux, graisses animales, etc…

Tout repas strictement végétarien (attention aux additifs !) est kasher Kasher
casher
cachere Apte, conforme aux exigences de la loi juive
, c'est donc aussi une solution, écologique de surcroît.

En respectant ces principes de base, faciles à appliquer, vous pourrez recevoir des Juifs mangeant kasher Kasher
casher
cachere Apte, conforme aux exigences de la loi juive
chez vous. Si vous avez le moindre doute, n'hésitez pas à les consulter, ils vous diront le niveau de leur exigence et vous éviteront tout impair.

Rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Yeshaya Dalsace

PS : Il va de soi que ce petit guide n'est pas un manuel détaillé de la kashrout Kashrout
Cachrout
כשרות Règles alimentaires du judaïsme.
, autrement complexe, mais fait exprès d'aller à l'essentiel dans un but purement pratique pour les gens concernés.

Heidegger et antisémitisme

ven, 11/25/2016 - 14:18

En quoi l'antisémitisme d'Heidegger est-il incontournable ou pas et Heidegger est-il le ver nazi dans le fruit de la philosophie ?

L'auteur de Sein und Zeit, le célèbre philosophe Martin Heidegger, a eut avec les Juifs et le judaïsme des rapports pour le moins ambigus. Elève de philosophe juif Edmund Husserl, amant un temps de son élève juive Hanna Arendt, maitre des philosophes juifs Emmanuel Levinas et d'Hans Jonas et quelques autres, Heidegger fut un nazi fidèle (vote pour Hitler en 1932, membre du parti de 1933 à 1944, applique les lois antijuives comme recteur d'université…) et n'a jamais renié son engagement. La publication des Cahiers noirs où il affirme son antisémitisme en 2014 a relancé la polémique.

Voici un article de Pierre Lazar qui pose bien la problématique :

Pour lire l'article avec son appareil de notes, ouvrir la version pdf

Le désarroi des admirateurs juifs de Heidegger
Le désarroi des admirateurs juifs de Heidegger

Cela fait un certain temps que la réputation du philosophe allemand Martin Heidegger a souffert des révélations sur son passé nazi. Interdit d'enseignement en Allemagne entre 1945 et 1951, il a été réhabilité en France, où il continue, plus que partout ailleurs dans le monde, d'être considéré comme un des plus grands sinon le plus grand philosophe du XXème siècle. De Sartre a Badiou, en passant par Foucault et tout particulièrement Derrida et ses épigones, l'influence de Heidegger est omniprésente et massive. Elle est considérée comme fondatrice dans la philosophie française depuis 1945 y compris chez Levinas, qui reconnait sa dette par rapport à l'auteur de « l'Etre et le Temps » même s'il la regrette .

La plupart des philosophes français ont toléré le silence sur le passé nazi de Heidegger, un silence entretenu de manière vigoureuse par une chapelle d'inconditionnels, au prix d'acrobaties intellectuelles souvent étonnantes. On a entendu par exemple que seule la « pensée « de Heidegger, assimilée à une résistance, nous permettrait de comprendre l'essence du nazisme. Au fur et à mesure qu'ils se trouvèrent forcés de reconnaitre l'engagement nazi de Heidegger, les intellectuels français ont essayé de minimiser son impact et de le dissocier de sa pensée. Plus se multipliaient les révélations sur le nazisme et l'antisémitisme de Heidegger, plus on répétait le slogan : il n'y a rien de neuf !! Nous savions depuis longtemps qu'il a été nazi, et de toutes manières, cela n'enlève rien à la grandeur de sa pensée. En 1988 Philippe Lacoue- Labarthe, un disciple de Jacques Derrida écrivait » « « En 1933 Heidegger ne se trompe pas. Mais il sait en 1934 qu'il s'est trompe. Oui donc en ce sens : Heidegger a surestimé le nazisme et probablement passé au compte des profits et pertes, ce qui s'annonçait dès avant 1933 et contre quoi il était résolument opposé : l'antisémitisme, l'idéologie (la science politisée), la brutalité expéditive. Mais j'ajouterai : qui dans ce siècle, devant la mutation historico-mondiale sans précédent dont il a été le théâtre et l'apparente radicalité des propositions révolutionnaires, qu'il fut de droite ou de gauche, n'a pas été floué ? Et au nom de quoi ne l'aurait-il pas été ? De la démocratie ? Laissons cela à Raymond Aron, c'est-à-dire à la pensée officielle du Capital (du nihilisme accompli, pour lequel tout se vaut). Mais ceux qui furent grands dans leur ordre ? Au hasard : Hamsun, Benn, Pound, Blanchot, Drieu et Brasilach (je n'excepte pas Céline dont pourtant l'écriture me parait surfaite) » . Pour Alain Badiou, il ne fait aucun doute qu' Heidegger est le dernier grand philosophe .

Pourtant, le déni des intellectuels français avait été ébranlé à plusieurs reprises depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Dès 1945 apparaissent dans les Temps Modernes des articles de Karl Lőwith, de Hans Jonas, de Herbert Marcuse et de Hannah Arendt, tous des élèves juifs de Heidegger qui exposaient le nazisme de leur ancien maitre sur la base de leur expérience personnelle . La deuxième étape se situe vers la fin des années 1980 avec la publication du livre de Victor Farias, un autre élève d'Heidegger, « Heidegger et le Nazisme » qui a déclenché ce que le philosophe américain Richard Wolin a appelé les guerres heideggériennes franco-françaises (the French Heideggerian Wars). Victor Farias, a montré l'importance de l'engagement nazi de Heidegger notamment dans son discours du Rectorat - Heidegger ayant été le recteur nazi de l'université de Fribourg entre 1933 et 1934) - ainsi que son application de la politique nazie de mise au pas (Gleichschaltung) qui signifiait l'expulsion des professeurs juifs de l'université. La troisième étape a été la publication en 2004 du livre d'Emmanuel Faye « Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie », où l'auteur montre l'importance des idées nazies dans les cours de Heidegger des années 1933-1935, seulement publiés au début des années 2000 . Le dernier épisode dans ces guerres franco-françaises a suivi la publication, en 2014 en Allemagne des « Cahiers Noirs », du nom de la couverture en moleskine des manuscrits écrits entre 1933 et 1947, dans lequel les passages antisémites sont explicites. Ces passages sont analysés dans le livre du philosophe allemand Peter Trawny : « Heidegger et l'antisémitisme . ». A la suite de la publication des Cahiers Noirs un colloque prévu depuis longtemps autour du thème « l'Impensé juif de Heidegger » a été rebaptisé « Heidegger et l'antisémitisme ».

Le colloque avait été organisé par un groupe d'universitaires, Joseph Cohen Cohen
cohanim Prêtre de la tribu de Lévi qui servaient dans le Temple de Jérusalem. Privilège héréditaire transmis de père en fils depuis Aaron, frère de Moïse.
De nos jours le Cohen n'a plus qu'un rôle honorifique dans le judaïsme.
, Raphael Zagury-Orly, Gérard Bensoussan et Hadrien Laroche et réunissait une brochette impressionnante de philosophes dont Jacques-Alain Milner, Peter Stoterdijk, Peter Trawny, Alain Finkielkraut, Yves-Charles Zarka, Blandine Kriegel et Francois Fédier . L'évènement était parrainé par la revue « La Règle du Jeu », dirigée par Bernard Henri Levy (BHL). Emmanuel Faye avait refusé d'y participer en raison de la présence de François Fédier auquel il reprochait d'avoir pendant des années essayé d'étouffer toute critique de Heidegger et d'avoir voulu empêcher la publication de son livre. Les interventions de la plupart des nombreux philosophes juifs montraient leur désarroi face à l'antisémitisme désormais irréfutable de Heidegger qui remettait en question leur propre engagement philosophique. Ainsi dans leurs interventions fouillées et souvent tourmentées , s'interrogeaient-ils sur la signification de l'absence du « signifiant juif » dans l'œuvre de Heidegger, de sa dénégation du rôle de la pensée juive dans celle de l'occident, du rôle de Heidegger et de ses juifs dans la pensée philosophique occidentale, et de la question de comment ne pas être Heideggérien (Alain Finkielkraut). Dans sa conclusion aux débats, BHL qui revenait de la conférence des Nations Unies à New York sur l'antisémitisme en Europe, et qui donc n'avait pu suivre les débats que de loin, était également partagé entre son admiration pour le penseur Heidegger et son profond malaise face à l'intensité de l'antisémitisme de ce dernier. Dans son blog du 15 Février 2015 BHL , résumait sa pensée : « Et j'ai tenté de plaider que, malgré le malaise, malgré la honte que l'on ressent, parfois, à voir surgir, au détour d'une méditation sur Héraclite ou Hölderlin, tel épisode minable de la guerre allemande soudain paré de la dignité de l'Evénement en majesté, il faut continuer de lire Heidegger – et cela, en particulier, parce qu'il est à l'origine d'une part de ce qui s'est pensé de plus grand, de plus essentiel, depuis cinquante ans » .

Le nazisme et l'antisémitisme de Heidegger n'est-il qu'occasionnel, une nuisance, secondaire par rapport à son œuvre, ou, au contraire, est-il au cœur de sa pensée ? Peut-on être à la fois un grand philosophe et un nazi ordinaire comme l'affirmaient en 2007 Alain Badiou et Barbarin Cassin ? Cette thèse me parait insoutenable. S'il est possible d'être un grand physicien ou même un philosophe de la logique et manquer de jugement en politique, cela n'enlève rien à la grandeur de votre œuvre scientifique. C'est également une chose de considérer le nazisme de quelqu'un a partir des faits et ses discours et de le retrouver le nazisme au cœur de sa pensée. Comment peut exonérer l'engagement nazi d'un penseur dont la réflexion tourne autour de l'existence, de l'engagement et l'authenticité ? C'est, la thèse de ceux, qui depuis longtemps soulignent l'étroite parente entre la pensée de Heidegger et celle de l'extrême droite allemande pré-nazie et comme l'a montré Emmanuel Faye en analysant les cours que Heidegger a donnes entre 1933 et 1935 : « Cette perversion radicale de la philosophie n'est pas limitée a quelques discours de circonstance ; elle se confirme sur des milliers de pages et même dans la totalité d'une œuvre ou tout communique…Il ne s'agit pas non plus ,avec les écrits les plus ouvertement hitlériens et nazis des années 1933-35, d'un moment d'exception que rien n'aurait laissé prévoir » .

L'Etre et le Temps, le livre canonique de Heidegger publie en 1926 (et inscrit au programme de l'agrégation de philosophie serait, selon Johannes Fritsche, un brillant résumé de la philosophie politique de la droite révolutionnaire allemande et la base qui permet de comprendre engagement nazi de son auteur. Dans le paragraphe 74 de l'Etre et le Temps Heidegger écrit : « Mais si le Dasein destinal comme être au monde existe essentiellement dans l'être-avec-autrui…il est déterminé comme co-destin (Geschick), terme par lequel nous désignons, le provenir de la communauté du peuple (Gemeinschaft des Volkes . Le co-destin ne se compose pas de destins individuels…les destins sont d'entrée de jeu déjà guidés. C'est dans la communication qui partage et dans le combat (Kampf) que se libère la puissance du co-destin » Fritsche montre, que beaucoup des concepts centraux de l'Etre et le Temps , l'Etre pour la mort (das Sein zum Tode), la résolution (Entschlossenheit) , l'insistance sur la notion de communauté (Gemeinschaft des Volkes) a la place de celle de la société (Gesellschaft) , le destin collectif (Geschick), la répétition (Wiederholung), l oin de représenter un nouveau départ de la philosophie, reprennent des thems de l'extrême droite anti-démocratique, tels qu'on pouvait les trouver dans des textes de Max Scheler et de Hitler.

L'interprétation courante de l'Etre et le Temps qui en fait un roman de la liberté et de l'engagement de l'individu sans Dieu face à la mort, introduite en France des 1945 par Karl Lowith dans les Temps Modernes, et dont la vulgarisation doit beaucoup aux échos heideggériens que l'on retrouve dans l'œuvre de Jean Paul Sartre est donc suspecte. « Interpréter Heidegger comme penseur de l'individuation radicale est une perversion, » écrit Johannes Fritsche. « Etre et Temps n'est pas un livre individualiste mais pour ainsi dire ‘communautaire ‘, qui plaide même pour la conception la plus communautaire de son temps, le National Socialisme » . Hans-Georg Gadamer, le maître de l'herméneutique allemande, qui était loin d'être un critique de celui dont il avait été l'élève, écrivait en 1988 : « Quelquefois, par admiration pour le grand penseur, ses défenseurs ont déclaré que son erreur politique n'avait rien à voir avec sa philosophie. Qu'ils soient arrivés à se rassurer avec un tel argument ! Ils n'ont pas remarqué combien cette défense était insultante pour un penseur d'une telle importance ». Cette remarque qui date de 1988 serait directement dirigée contre les interprétations françaises de Heidegger .

En 1949, les admirateurs de Heidegger, embarrassés par son silence persistant sur la Shoah, avaient organisé une conférence à Brême ou le philosophe était censé dissiper ce qu'ils croyaient être un malentendu : l'auteur de « la Lettre sur l'Humanisme » ne pouvait qu'être horrifié par le génocide des juifs. Heidegger dans une intervention scandaleuse, ne parla pas de la spécificité de la Shoah ni de la responsabilité des allemands ou même seulement des nazis, mais mit sur le même plan, le martyre subi par les juifs, assimilé à la production de cadavres, l'agriculture motorisée et la fabrication de la bombe H. La responsabilité incombait à la pensée de la technique, un thème central chez Heidegger qui désigne la pensée rationnelle moderne ou plutôt la non pensée, car pour lui « le science ne pense pas » : « L'agriculture est aujourd'hui une industrie d'alimentation motorisée, dans son essence la même chose que la fabrication des cadavres dans les chambres à gaz et les camps d'extermination, la même chose que le blocus et la réduction de pays a la famine, la même chose que la fabrication de bombes à hydrogène ». Dans le même ordre d'idées, Heidegger écrivait à la même époque « Des centaines de milliers meurent en masse. Meurent-ils ? Ils périssent, ils sont tués. Meurent-t-ils ? Ils deviennent les pièces de réserves d'un stock de fabrication de cadavres. Meurent-ils ? Ils sont liquidés dans des camps d'extermination. Et sans cela-des millions périssent aujourd'hui de faim en Chine….Mourir cependant signifie porter à bout la mort dans son essence. Pouvoir mourir signifie avoir la possibilité de cette démarche. Nous le pouvons seulement si notre essence aime l'essence de la mort. Mais au milieu des morts innombrables, l'essence de la mort demeure méconnaissable ….La mort est l'abri de l'être dans le poème du monde. Pouvoir la mort dans son essence signifie : pouvoir mourir. Seuls ceux qui peuvent mourir sont les mortels au sens porteur de ce mot ». Il est difficile de commenter ce texte sans être révolté !

Pour Peter Trawny, l'éditeur des Cahiers Noirs, l'antisémitisme de Heidegger est ancré dans ce que ce dernier appelle « l'histoire de l'Etre », une forme d'histoire métaphysique, développée par Heidegger dans les années 1930, où les rôles principaux reviennent aux Grecs et aux Allemands. Les Grecs pour le commencement de la philosophie et les Allemands, pour son « autre commencement », que Heidegger avait cru reconnaitre dans le mouvement nazi. Entre les deux, il y a le déclin, dont serait responsable ce qu'il a appelle la « machination » (die Machenschaft), caractérisée par la domination de la pensée de la technique dont les principaux protagonistes modernes sont les américains et les soviétiques, et grâce à leur « don pour le calcul » et la manigance, les juifs : « L'accroissement temporaire de la puissance de la judéité a son fondement dans le fait que la métaphysique de l'Occident, surtout dans son déploiement moderne, a offert le lieu de départ pour la propagation d'une rationalité et d'une capacité de calcul qui serait entièrement vides si elles n'avaient pas réussi à se ménager un abri dans « l'Esprit » sans jamais pouvoir saisir à partir d'elles-mêmes les domaines de décision cachées. Plus originelles et inaugurales deviennent les décisions et les questions à venir, plus inaccessibles à cette « race » elles demeurent ». On retrouve là un thème bien connu dans l'extrême droite allemande jusqu'à Hitler et Goebbels du rôle des juifs, responsables du bolchevisme et en même temps du libéralisme puisque ces deux idéologies partagent en commun une vision rationnelle (Heidegger dirait calculante) du monde ».

Dans un autre passage des Cahiers Noirs, Heidegger reproche aux juifs, qu'il perçoit comme attachés à vivre séparément des autres peuples, ce qu'il assimile à vivre depuis longtemps selon « le principe racial », tout en refusant que cette séparation leur soit imposée, de demander pour les autres l'application de principes universels, qu'ils refusent pour eux-mêmes. Les juifs réussiraient à promouvoir ces principes universels (sous-entendus de la raison et de la démocratie) grâce à leur don pour le calcul et la manigance, provoquant ainsi la « désacralisation » et l' « auto-aliénation » des peuples, devenus incapables de décider pour eux-mêmes : « Par leur don particulièrement accentué pour le calcul, les juifs vivent depuis longtemps déjà d'après le principe racial, raison pour laquelle ils se défendent aussi violemment contre son application illimitée. La mise en place de l'élevage racial ne provient pas de la « vie » elle-même, mais de la subjugation de la vie par la machination. Ce que celle-ci manigance à travers une telle planification est une désacralisation complète des peuples, à travers la fixation dans l'installation uniformément bâtie et découpée de tout étant. Avec la désacralisation va de pair une auto-aliénation des peuples, la perte de l'histoire, i.e. des domaines des décisions en direction de l'Etre ».

Enfin, dans les Cahiers Noirs, Heidegger reprend le thème de la conspiration juive mondiale inspirée par le Protocole des sages Sages Ce terme dans les textes juifs désigne en général les rabbins du Talmud (six premiers siècles de l'ère courante). On dira "les sages" ou "nos sages". C'est la traduction d'une expression hébraïque : "H'azal" qui veut dire "nos sages de mémoire bénie". de Sion dans sa version nazie. Celle-ci œuvrerait à travers l'américanisme et le bolchevisme, qui serait instrumentalisée par la juiverie mondiale. Toutefois la question n'est pas présentée au niveau racial comme chez les nazis ordinaires, mais élevée au niveau de la métaphysique, la question étant de savoir ce que veulent vraiment les juifs. La réponse sans équivoque est que la juiverie mondiale (Weltjudentum), sans sol et sans racines, ne peut que vouloir promouvoir le déracinement général : « Même l'entente avec l'Angleterre, au sens d'un partage entre impérialismes « légitimes », ne touche pas à l'essence du processus historique que maintenant porte à sa fin l'Angleterre, au sein de l'américanisme et du bolchevisme, c'est-à-dire de la juiverie mondiale, la question du rôle de la juiverie mondiale n'est pas raciale, c'est la question métaphysique portant sur la facture du type d'humanité qui, de façon absolument déliée de toute attache, peut assumer comme tâche au niveau de l'histoire mondiale, le déracinement de tout étant hors de l'Etre ». Dans le même blog BHL développe sa pensée : « Vous n'avez pas le choix : ou bien lire, tout de même, Heidegger ; ou alors se résigner à ce que la philosophie s'arrête à la « limite » kantienne, à la « totalité » hégélienne ou à la « reprise » bergsonienne. ».
J'ai du mal à comprendre comment à la lecture de ces textes, on peut encore soutenir que Heidegger « est à l' origine de ce qui s'est pensé de plus grand, de plus essentiel, depuis cinquante ans ». Sans doute y-a-t-il, pour beaucoup d'intellectuels français, plus grand que le dégout qu'inspire son antisémitisme et la méfiance qu'inspire les motifs Vőlkich comme celui du peuple, de l'enracinement et de la Führung, une fascination pour une pensée « essentielle » . Ses thèmes romantiques et chatoyants, celui de l'« Etre pour la mort », de l'authenticité et de la résolution, de la vérité comme dévoilement, de « l'oubli de l'Etre », de la fin de la philosophie et de son dépassement, du nouveau commencement, de l'appel et du destin, de la pensée authentique et de la lutte, à l'opposé de la pensée stérile de la technique, résonnent avec la force d'un écho religieux.

La puissance de l'attraction pour Heidegger et sa séduction, résident dans sa capacité à entrelacer des thèmes existentiels, politiques , métaphysiques et quasi-religieux, donnant l'impression d'une profondeur spirituelle originelle et pourtant concrète, une mystique de l'Etre, qui pourrait se passer, parce que prétendument au-delà des références juives et chrétiennes. et en même temps de la pensée rationnelle et scientifique assimilée à une forme de réflexion inférieure, un « oubli de l'Etre ». Comme le soulignait Hans Jonas, Heidegger reprend des thèmes chrétiens dans un cadre fondamentalement païen. S'adressant en 1964 a des théologiens chrétiens qui pensaient trouver chez Heidegger une manière de renouveler le message christique Hans Jonas disait « Mes amis théologiens, mes amis chrétiens, ne voyez pas à qui vous avez affaire ? Ne sentez-vous pas , si vous ne voyez pas le caractère profondément païen de la pensée de Heidegger, non pas en dépit du fait mais parce qu'elle parle aussi de l'appel, de la révélation et même du berger « Hans Jonas a montré la similitude entre la pensée de Heidegger et celle de la Gnose, une hérésie du christianisme datant du IVème-Vème siècle, violemment antisémite .

Il faut le souligner : une des raisons de la fascination pour Heidegger, est son style obscur, un mélange d'une emphase quasi-prophétique et d'un recours à un vocabulaire ontologique- l'ontologie étant selon Aristote, la science de l'être en tant qu'être-. L'individu devient un Dasein, un être-là, la relation avec autrui devient un Mitsein, nous vivrions dans le monde des « étants » mais nous n'avons pas accès a l'Etre, nous l'aurions même oublie depuis Platon et Aristote. Toute l'histoire de la pensée occidentale jusqu'à Heidegger devient un oubli de l'Etre. La tache de la pensée est de retrouver le sens de l'Etre etc…. A défaut d'une discussion de ces questions forcement technique et qui prendrait beaucoup trop de place ici, il n'est peut-être pas inutile de rappeler que pour une grande majorité des philosophes contemporains, la question de l'Etre telle qu'elle est posée par Heidegger est dans le meilleur des cas, mal posée. Pour d'autres elle est carrément une grave erreur et une constitue une régression de la pensée. Ainsi, dès 1931, Rudolf Carnap, alors un des chefs de file de l'école de Vienne, montre que si l'on suit les règles élémentaires de la logique, des propositions considérées comme essentielles chez Heidegger sur l'Etre et le non-Etre, n'ont à proprement parler aucun sens. Theodor Adorno, le leader de l'école de Francfort, dénonçait en Heidegger un maitre dans l'art de la manipulation qui avait contribué, par son « Jargon de l'authenticité » à renforcer l'esprit de subordination et l'absence d'esprit critique : « Avant tout contenu particulier, sa langue (parlant de Heidegger) modèle la pensée de telle sorte que celle-ci s'accommode au but d'une subordination la même ou elle estime résister à ce but. L'autorité de l'absolu est renversée par une autorité absolue. Le fascisme ne fut pas seulement une conspiration, qu'il était aussi, mais quelque chose qui prit naissance dans une tendance propre au développement d'une société de la puissance. La langue lui offre un asile ; la, le mal qui couve s'exprime comme s'il était le salut ».

Chez les auteurs qu' on vient de citer, qui appartenaient pourtant a des écoles bien différentes, et chez beaucoup d'autres, on trouve une méfiance de la rhétorique, du style pontifiant et autoritaire et surtout de l'absence d'argumentation, tout ce qui, selon eux, caractérise la pensée de Heidegger et se retrouve dans une bonne partie de la philosophie française contemporaine. Pour, Roger Scruton, un philosophe anglais contemporain : « Vu d'un point de vue critique, les idées de Heidegger ressemblent à des visions spectrales dans le domaine de la pensée : de vastes et intangibles ombres forgées par le langage. Ce type de philosophie montre, pour reprendre l'expression de Wittgenstein, l'ensorcellement de l'intelligence par le langage ». Répondant d'avance aux objections des Heideggériens qui pourraient, a juste titre, objecter que sa connaissance de l'œuvre de Heidegger est superficielle, Peter van Inwagen, un des grands métaphysiciens contemporains, répond que la philosophie de l'Etre de Heidegger est tellement confuse et d'une manière si transparente (so transparently confused), qu'il n'est point nécessaire d'avoir lu toute son œuvre pour pouvoir avoir une opinion. En France même, la présence des philosophes se réclamant d'une tradition analytique, bien que minoritaire, est désormais solidement établie. Comme leurs collègues anglo-saxons, ils sont très critiques par rapport aux textes de Heidegger. Ainsi, Claudine Tiercelin, qui détient actuellement la chaire de philosophie au Collège de France a-t-elle pu écrire : « Il parait difficile de ne pas être frappé par le brouillard qui finit par envelopper l'être Heideggérien… Toutes les réponses de Heidegger sont des métaphores ».
Enfin, une explication pragmatique de la place centrale de Heidegger dans la philosophie allemande de la première moitié du XXème siècle est que la plupart des philosophes allemands et autrichiens, dont une grande partie étaient juifs ont fui l'Allemagne avec l'avènement du nazisme. Successeur de Hermann Cohen Cohen
cohanim Prêtre de la tribu de Lévi qui servaient dans le Temple de Jérusalem. Privilège héréditaire transmis de père en fils depuis Aaron, frère de Moïse.
De nos jours le Cohen n'a plus qu'un rôle honorifique dans le judaïsme.
, Ernst Cassirer le philosophe néo-kantien le plus important en Allemagne dans les années 1920, a trouvé refuge aux Etats Unis tout comme les membres de l'école de Vienne qui ont contribué à développer la philosophie analytique (et des sciences) moderne, de ceux de l'école de Frankfort qui sont à l'origine de la philosophie dite critique, ainsi comme on a pu le voir, que les élèves juifs de Heidegger-lui-même. Le fait est qu'il est difficile de trouver une philosophe qui ait fui l'Allemagne ou l'Autriche et qui soit reste Heideggérien.

Comme beaucoup d'étudiants Français d'après mai 1968 j'ai été gavé de Heidegger et de Nietzsche. Quelle ne fut pas ma surprise dans un voyage d'études à l'université de Tübingen avec le département de philosophie de l'université de Strasbourg de découvrir que dans ce lieu historique de la philosophie allemande, il n'y avait aucun cours sur Nietzsche ni sur Heidegger. Pressés par nos questions, les professeurs allemands ont fini par nous répondre ; « ils nous ont mené trop loin !! » (Sie haben uns zu weit gebracht). On ne pouvait être plus clair ! Cet épisode et d'autres, ou il m'est apparu très vite que mes professeurs heideggériens étaient délibérément ignorants de toutes les recherches en philosophie analytique qu'ils méprisaient, alors qu'elles sont centrales pour comprendre la notion d'Etre dont ils font la pierre angulaire de la pensée philosophique, m'ont depuis longtemps éloigné de Heidegger et des Heideggériens. Pourtant demeure chez moi la fascination pour la fascination, notamment chez les philosophes juifs français, sans laquelle je n'aurai jamais pu écrire cet article. Au début des années 1950 à la suite de la publication par Heidegger de son Introduction à la Métaphysique qui parlait de la « la vérité et la grandeur interne » du National-Socialisme, le philosophe allemand Jürgen Habermas écrivait un article retentissant intitulé : « Penser avec Heidegger contre Heidegger ». Il est temps depuis longtemps de sortir de la fascination et d'apprendre à penser sans Heidegger.

Pierre Lazar (économiste et philosophe)

(Texte de Sept 2015 publié dans la revue Montevideo31)

Sur le même sujet voir l'article de Jean-Claude Giabicani sur l'ouvrage "Heidegger, le sol, la communauté, la race", sous la direction d'Emmanuel Faye, http://www.massorti.com/Heidegger-la-tentation-gnostique

On lira également une défense d'Heidegger par Jean-François Mattéi : Emmanuel Faye, l'introduction du fantasme dans la philosophie
http://leportique.revues.org/815

Critique de Faye par Mattéi